Roman historique, ROMAN POLICIER

La voix secrète – MENTION MICHAEL

 

« J’arrive à la mort par un mauvais chemin, j’y monte par un escalier ! Mais, bon Dieu, j’y vais ! »

L’histoire :
1835, Lacenaire, assassin cynique et désinvolte a transformé sa prison en salon mondain. Il rédige ses mémoires.
En même temps, la police reçoit des têtes d’enfant. Un fou tue des enfants dans les bas-fonds de la capitale, puis les décapite et envoie la preuve de son forfait à la police pour la narguer. La manière dont les enfants sont tués ressemble à la façon de procéder de Lacenaire : trois plaies figurent sur le dos des petits cadavres.
Allard, le chef de la Sûreté, demande à Lacenaire de l’aider à résoudre cette affaire.

Le roman :
Paris, sous la monarchie de Juillet, les conditions de vie des prolétaires sont extrêmes. Le désenchantement de l’«assassin romantique » vis-à-vis de ses congénères, permet une peinture désabusée de cette époque qu’il traverse comme un dandy. Lacenaire est le produit de la génération romantique, animé d’une volonté de briser les codes et les conventions. Il en ressort un homme révolté, un homme qui veut se mesurer avec Dieu.

Le roman s’articule autour des derniers jours de Lacenaire et de l’enquête des policiers. Lacenaire rédige ses mémoires, reçoit le gratin de Paris émoustillé de fréquenter sans grand risque le côté sombre de l’humanité : il fascine. Voilà un criminel rassurant : il ressemble à un dandy, s’exprime parfaitement et il vient d’un milieu bourgeois. De plus, c’est un piètre assassin et ses victimes n’inspiraient pas la sympathie.

L’auteur utilise le ton caustique du dandy pour décrire la réalité sociale. Par exemple, la dernière petite victime vient de toucher sa paye et rentre chez lui. Il est content car le patron lui a annoncé que « lorsqu’il sera trop grand pour les tâches délicates, il pourra surveiller les machines. Alors, Thibaud est content, ignorant qu’il passera les journées debout. »
Le cynisme est contrebalancé par la compassion dont Allard fait preuve vis-à-vis des victimes et du petit peuple, alors qu’il fait preuve de froideur quand il s’agit de personnes issues des classes aisées. Ainsi il n’a pas pleuré la mort de Casimir Perrier, celui qui avait envoyé les soldats contre les canuts révoltés déclarant : « il faut que les ouvriers sachent bien qu’il n’y a de remède pour eux que la patience et la résignation. »

Peinture sociale de la monarchie de Juillet, ode à Lacenaire, celui qui a fait face à la lame de la guillotine alors qu’elle s’est enrayée (peut-être s’agit-il seulement d’une légende), trame policière qui nous tient en haleine : il en résulte un roman historique prenant.

 

Quelques mots sur l’auteur :
Michael Mention est né en 1979 à Marseille. Fan de rock et de cinéma, il a d’abord réalisé des B.D. Son premier roman, Le Rhume du pingouin (paru en 2008) est remarqué par la critique et l’auteur devient peu à peu une référence du polar.

 

Citations
« Mais que deviendrais-je si un jour j’étais appelé à jouer un rôle sur la scène du monde ? Que vois-je dans l’histoire que j’étudie ? bourreaux et victimes ; n’ai-je donc qu’un de ces deux rôles à choisir ? »

« Profitons de la circonstance
Pour regarder le genre humain
Il est moins bas, moins laid, je pense
Au travers de deux doigts de vin. »

« J’ai longtemps haï et méprisé le genre humain, c’est vrai ; aujourd’hui je le méprise plus que jamais, mais je ne le déteste plus ; et pourquoi ? La haine se commande et le mépris , non. Est-ce donc ma faute si on m’en fournit tous les jours de nouveaux motifs ? »

 

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