Roman historique

MILLER ANDREW- dernier requiem pour les innocents

Paris, 1785 : dès les premières pages du livre, le siècle des lumières, du triomphe de l’esprit de raison sur l’obscurantisme semble bien terne. Jean Baptiste Baratte attend dans une anti chambre du château de Versailles. Il fait froid. Les plafonds sont recouverts de toiles d’araignées. Les miroirs sont flous sous la poussière. Un petit chien rentre et pisse sur le parquet. Les heures de gloire de Versailles et de la monarchie ne sont plus.
Il est ingénieur et le ministre l’a convoqué et le charge de vider le cimetière des Innocents et de détruire l’église.
Cette tâche n’enchante pas le jeune homme mais il a besoin d’argent et accepte. Pour les besoins de sa mission, on lui a loué une chambre chez la famille Monnard qui loge près du cimetière. Dès le début, il est saisi par cette odeur de charogne que personne ne semble remarquer.
Grâce à Armand l’organiste de l’église qu’il doit détruire, il sort de cet environnement étouffant et apprend à connaître Paris, avec ses vieilles rues étroites, le Palais Royal « le plus grand bordel d’Europe »…
Un roman historique qui dresse un certain portrait de la France avant la révolution. L’alphabétisation fait son chemin : la population est à même de lire les slogans contre les souverains qui fleurissent sur les murs. On veut faire table rase du passé en supprimant ce cimetière et aller vers une modernisation de la ville.
J’ai particulièrement apprécié les personnages du roman, notamment ces mineurs que l’on fait venir de Valenciennes pour faire le sale boulot et cette espèce de révolte qui semble gronder en eux. Un très bon roman historique.
Un petit mot sur le cimetière des Innocents :
Le cimetière des Innocents était situé dans le quartier des Halles de Paris. L’emplacement servait de lieu d’inhumation depuis les Mérovingiens. Le cimetière était pour tous les paroissiens, mais il s’établit encore une distinction entre ceux qui étaient déposés au milieu du cimetière, et ceux que l’on inhumait dans des charniers ou galeries dont le cimetière fut environné plus tard.
Pour les riches bourgeois, l’inhumation se faisait dans un cercueil de bois. Pour les pauvres les inhumations se faisaient dans de vastes fosses communes pouvant contenir 1 500 corps superposés ; lorsqu’une était pleine, on en creusait une autre à côté.
Le 7 mai 1780, les murs de la cave d’un restaurateur situé près du cimetière des Innocents s’effondrèrent. Ce sont les ossements et des cadavres qui, par leur poids et leur volume (le niveau du sol dépassant de deux mètres cinquante celui des rues), firent céder la cloison.
A la suite de cet incident, le Parlement décréta, le 4 septembre, la fermeture du cimetière. Décision qui resta sans effet, les corps continuant à être entassés dans un charnier déjà très excessivement rempli.
L’odeur est pestilentielle. On craint également des épidémies. Conformément à la déclaration royale du 10 mars 1775, il fut fermé en décembre 1780, puis vidé en 1786 pour des raisons sanitaires, tandis que l’église des Saints-Innocents fut rasée en 1785.

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