ROMAN

MORDILLAT GERARD – La tour abolie

Telle la tour de Babel, la tour Magister, trente-huit étages, sept sous-sols, se dresse au cœur de la Défense. C’est l’ambition de l’architecte : relever le défi biblique. Cette tour a pour mission de réunir les hommes d’une même entreprise, le groupe d’assurances Magister.
L’entreprise utilisent les méthodes de management les plus sauvages : « la concurrence fait rage, affûtez vos canines. Le cadre est un chef de bande. L’entreprise chasse en meute. Pas de sentimentalisme mal placé : c’est eux ou vous. C’est la loi du plus fort. »

Cette loi du plus fort se retrouve à tous les étages et sous-étages. « L’homme est un loup pour l’homme ». Le libéralisme autorise tout au nom du profit. Les plus pauvres, ce sont ceux du 7e sous-sol : il y Trash, sa femme Trude et leurs enfants. Leurs conditions de vie sont innommables.
Des vies suspendues aux déchets que l’on trouve dans les poubelles : les sans-papiers obligés d’accepter toutes les conditions de travail, les gens en intérim qui vivent dans leur voiture car leur salaire est trop faible pour pouvoir se loger décemment… tous ces hommes et femmes vivant au jour le jour, évoluent dans le même immeuble que des gens qui gagnent 700 000 euro annuel plus bonus, stock option…. Ils ont eux aussi leurs problèmes. Si pour les premiers, manger est une préoccupation pour les seconds il s’agit plutôt de leur vie sentimentale qui s’émiette ; en amour, il y a toujours un qui souffre et un qui s’ennuie. Leur vie aisée s’écoule entre chassés-croisés amoureux et chausse-trappes pour garder ou acquérir un poste plus prestigieux.
Tous les occupants parlent la même langue mais les mots n’ont pas la même valeur. Pour les uns, ils désignent ce qu’il faut pour survivre, pour les autres, ce qu’il faut pour chasser l’ennui d’une existence où l’argent est la principale valeur.
Les interventions de Thelma Lopez la compagne d’un des dirigeants de Magister, soulignent de façon plus didactiques les travers du libéralisme.

Plus de cinquante destins s’entrecroisent dans ce livre dont on ne lâche pas les pages avant la fin. J’ai adoré les interventions de Thelma qui mettent les mots sur les maux du capitalisme : « l’usage du terme « populiste » n’est pas anodin. C’est une arme de propagande, un fusil à deux coups. D’une part, il s’agit ouvertement de disqualifier le « peuple » dont on entend la voix dans « populiste » et de mettre dans le même sac médiatique des forces que tout oppose : l’extrême droite, des néofascistes et des néonazis et la gauche, la vraie, insurgée contre la dictature de la finance. »
Comme Fritz Lang dans Métropolis, l’auteur dénonce l’exploitation du prolétariat dans un récit apocalyptique.
Un très bon roman.

 

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