théâtre

On ne badine pas avec l’amour – Alfred de Musset

Pièce publiée en juillet 1834 dans la revue des deux-mondes, elle fut composée au printemps 1834 alors que Musset revient d’un mariage à Venise durant lequel sa maîtresse, George Sand, l’a trompé avec le médecin Pagello.

Le titre de la pièce est une maxime. Cette maxime avait déjà été utilisée par Calderon : « no hay burlas con el amor » (on ne plaisante pas avec l’amour).

L’histoire : Perdican vient de terminer ses études. Camille sort du couvent. Les deux cousins rentrent chez eux. Le baron a prévu de les marier. Mais Camille a d’autres plan : elle veut se faire nonne et vivre toute sa vie auprès de dieu. Elle prépare son départ et envoie une lettre à une sœur du couvent dans laquelle elle parle de Perdican : « Je pars aujourd’hui, ma chère, et tout est arrivé comme je l’avais prévu. C’est une terrible chose ; mais ce pauvre jeune homme a le poignard dans le cœur. Cependant, j’ai fait tout au monde pour le dégoûter de moi. Dieu me pardonnera de l’avoir réduit au désespoir par mon refus. »
Perdican intercepte cette lettre et la lit. Piqué dans son orgueil, il cherche à rendre Camille jalouse en faisant des avances à Rosette et en promettant de l’épouser. Hélas, lorsque celle-ci assiste en cachette à la conversation des deux cousins qui témoignent de leur amour de l’un pour l’autre, elle en meurt de chagrin et Camille s’en va à tout jamais.

 

AMOUR
« Je vous demandais tout à l’heure si vous aviez aimé ; vous m’avez répondu comme un voyageur à qui l’on demanderait s’il a été en Italie ou en Allemagne, et qui dirait : oui, j’y ai été ; puis qui penserait à aller en Suisse, ou dans le premier pays venu. Est-ce donc une monnaie que votre amour pour qu’il puisse passer ainsi de main en main jusqu’à la mort ? Non, ce n’est même pas une monnaie ; car la plus mince pièce d’or vaut mieux que vous, et dans quelques mains qu’elle passe elle garde son effigie. »  Camille, Acte II, scène 5

« Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux, et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois ; mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et on ennui. »  Perdican, Acte II, scène 5

 

AMOUR PIEUX
« Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir ; je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas. » Camille, Acte II, scène 5 

« Sais-tu ce que c’est que des mannes, malheureuse fille ? Elles qui te représentent l’amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu’il y pis encore, le mensonge de l’amour divin ? » Perdican, Acte II, scène 5 

 

BONHEUR
« Ô mon Dieu, le bonheur est une perle si rare dans cet océan d’ici-bas ! Tu nous l’avais donné, pêcheur céleste, tu l’avais tiré pour nous des profondeurs de l’abîme, cet inestimable joyau ; et nous, comme des enfants gâtés que nous sommes, nous en avons fait un jouet » Perdican, Acte III, scène 8

 

CONDITION HUMAINE
« Il a bien fallu que nous nous fissions du mal, car nous sommes des hommes. » Perdican, Acte III, scène 8

 

LES FEMMES VUES PAR LES HOMMES
« Ne voulez-vous pas qu’une femme admire ce qu’elle comprend ? D’où sortez-vous, Bridaine ? Voilà un raisonnement qui fait pitié. » Le Baron, Acte I, scène 2

« Je connais peu les femmes, mais il me semble qu’il est difficile qu’on admire ce qu’on ne comprend pas. » Bridaine Acte I, scène 2

 

ORGUEIL
« L’orgueil n’est pas de mon fait ; je n’en estime ni les joies ni les peines. » Acte II, scène 1 Perdican
(On verra en fait que, piqué dans son orgueil, Perdican ne réfléchira pas à deux fois avant d’instrumentaliser la pauvre Rosette qui mourra de la peine provoquée en son cœur.)

« Cela t’a blessé dans ton noble orgueil ? » Camille, Acte III, scène 7 

 

TERROIR
« Voilà donc ma chère vallée ! mes noyers, mes sentiers verts, ma petite fontaine ! voilà mes jours passés encore tout plein de vie, voilà le monde mystérieux des rêves de mon enfance ! Ô patrie, patrie ! mot incompréhensible ! L’homme n’est-il donc né que pour un coin de terre, pour y bâtir son nid et pour y vivre un jour ? » Perdican, Acte I, scène 4

 

VIEILLESSE
« Je ne suis pas assez jeune pour m’amuser de mes poupées, ni assez vieille pour aimer le passé. » Camille, Acte I, scène 3 

« Je me suis élevé de quelques pouces vers le ciel, et vous vous êtes courbés de quelques pouces vers le tombeau. Vos têtes ont blanchi, vos pas sont devenus plus lents ; vous ne pouvez plus soulever de terre votre enfant d’autrefois. C’est donc à moi d’être votre père, à vous qui avez été les miens. » Perdican, Acte I, scène 4

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