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NOHANT GAELLE – L’ancre des rêves

Les quatre enfants d’Enogat sont en proie à des cauchemars récurrents. Chaque nuit, ils appréhendent de s’endormir car l’angoisse est au rendez-vous. Chaque matin, ils se réveillent groggy par des nuits terrifiantes.
Le second fils Lunaire décide de ne pas subir et d’être l’explorateur de son rêve. Il ne veut pas en parler à sa mère car il sent que ça la ravagerait.  Il voit bien que ses frères sont aussi victimes de ces rêves effrayant.

Chaque nuit, il se retrouve sur un trois mats. Son capitaine est un géant cruel qui martyrise son équipage, victime de sévices de sa part. Le tortionnaire le menace à chaque fois de le jeter sur un supplicié maintenu à fond de cale. Comme dans tout bon cauchemar, Lunaire se réveille avant la chute. Cette fois ci, il a réussi à retenir un nom qui va être le point de départ de ses recherches : Morvan. Grâce à ce nom, il va remonter le fil du temps et des mémoires.
Le point de départ de ce roman sont les fantômes qui naissent des secrets de famille. Ces fantômes nés des événements tragiques tus se manifestent encore et encore jusqu’à ce qu’il trouve la paix. Ils portent à la fois sur un contenu qui est caché et sur un interdit de dire et même de comprendre qu’il puisse y avoir, dans une famille, quelque chose qui fasse l’objet d’un secret. En outre, dans leur grande majorité, les secrets ne sont pas organisés autour d’événements coupables ou honteux comme on le croit souvent. La plupart d’entre eux sont en fait organisés autour de traumatismes vécus par une génération. Il peut s’agir de traumatismes privés, comme un deuil, mais aussi collectifs comme une guerre.  Ces événements n’ont pas reçu de mise en forme verbale, mais ils ont toujours été partiellement symbolisés sous la forme de gestes et d’attitudes. En effet, la symbolisation n’est pas seulement verbale. Elle est aussi sensori-motrice, à travers les gestes, attitudes, mimiques. Ces symbolisations partielles peuvent, dans le cas d’événements douloureux, se traduire chez les parents par des silences ou des propos énigmatiques, des pleurs ou des colères sans motif apparent, totalement incompréhensibles pour leurs enfants.
La puissance de séduction de l’écriture de Gaëlle Nohant nous emporte dès les premières pages. Roman sur l’enfance, la famille, C’est également un bel hommage aux terre-neuvas, ces hommes qui partaient sur les bancs de Terre-Neuve pêcher la morue (un métier dur mais voulu qui faisait la fierté des hommes) ainsi qu’aux soldats de 14-18. Elle embrasse tout un pan de la vie quotidienne en Bretagne au 19e siècle. Tout une magie et un enchantement se dégagent de ces pages.

 

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