BIOGRAPHIE

NOHANT GAELLE- Légende d’un dormeur éveillé

Le surréalisme
Depuis 1922, Robert Desnos est une figure importante de ce mouvement. Ainsi que l’affirme André Breton, « Le surréalisme est à l’ordre du jour et Desnos est son prophète ». Ce mouvement était fait pour lui. Né au lendemain de la première guerre mondiale, il symbolise la cassure de la génération sacrifiée au front avec les autres générations : le dégoût des atrocités de cette guerre et des profiteurs restés à l’arrière, des mensonges, de la censure. Ils ont décidé que seul le rêve est le moment où la vérité peut éclore.
Or le rêve, c’est le domaine de prédilection du jeune Robert. Depuis qu’il est enfant, il navigue entre le quotidien et ses rêves qui remplissent sa vie. J’adhère à cette réflexion de Michel Onfray : les poètes sont les sismographes de leur époque.
En 1929, Breton reproche à Desnos son « narcissisme » et de « faire du journalisme ». De plus, Breton veut entraîner le groupe vers le communisme, et Desnos ne franchit pas cette ligne.
Le roman
Le livre commence en 1928, au retour de Robert Desnos de Cuba. Il s’agit d’une période charnière dans l’histoire du surréalisme.
1928, « les réunions du groupe surréaliste tournent trop souvent au procès de l’un d’entre eux ». L’absolutisme d’André Breton dans la direction du groupe irrite de plus en plus Robert Desnos.
Ce mouvement qui «a envoyer rouiller les écrivains établis avec les barbelés des tranchées » tend à se scléroser. Ainsi que le note Gaëlle Nohant « ils n’ont jamais eu peur d’user de leurs poings pour châtier la bêtise des nationalistes qui s’autorisent des millions de morts pourrissant dans les ossuaires des tranchées ». Elle emploie des formules choc reflétant l’état d’esprit de la jeune génération.
C’est toute l’époque entre les années folles et l’occupation dont on s’imprègne au fil des pages.
Après avoir rompu avec le surréalisme : « et je proclame André Breton tonsuré de ma main, déposé dans son monastère littéraire, sa chapelle désaffectée et le surréalisme tombé dans le domaine public, à la disposition des hérésiarques, des schismatiques et des athées » (troisième manifeste du surréalisme), Robert Desnos continue d’écrire en tant que journaliste.
Il nourrit son écriture poétique par toutes les formes que lui apportent les différents arts, visuels notamment, comme le court-métrage l’étoile de mer de Man Ray inspiré par un de ses poèmes. Sa vie évolue entre le rêve et la réalité, les deux étant totalement imbriqués. On note cette réplique de Madame Rachel, une voyante « Dans ta main, j’ai vu que tu as une sensibilité au monde qui ressemble à la mienne. Ne t’en réjouis pas trop, c’est un cadeau empoisonné. »
En 1936, il crée la première émission d’onirocritique radiophonique la clé des songes. Il y élucide les rêves de certains auditeurs. L’auteur fait référence notamment au rêve d’une auditrice de la Somme où Robert Desnos devine les années sombres à venir : un oracle dans le monde moderne. Il le restera jusqu’à ses derniers jours où pour remonter le moral de ses compagnons de déportation, il interprètera les lignes de leurs mains.
C’est cette sensibilité à fleur de peau que l’auteur a su faire ressortir tout au long du roman. Elle a noté sur la première page du livre « A Robert Desnos, qui m’accompagne depuis l’adolescence. Par ce roman, j’ai voulu lui rendre un peu de tout ce qu’il m’avait donné. » Elle a totalement réussi.

Grâce à la connaissance fusionnelle de l’œuvre de Robert Desnos, Gaëlle Nohant nous permet de comprendre le poète et l’homme. Un livre à lire et à relire
L’auteur
Gaëlle Nohant est un écrivain, elle a fait des études de Lettres.

Gaëlle Nohant, est lauréate avec Jennifer D. Richard (Bleu poussière) de l’édition 2007 de la Résidence du premier roman consacrée à la littérature fantastique.

« La Part des flammes » (Prix des Lecteurs, Le Livre de Poche 2016) est son deuxième roman après « L’ancre des rêves », 2007 chez Robert Laffont, récompensé par le prix Encre Marine. *
Son écriture est exigeante.

Laisser un commentaire