Plaidoyer

Plaidoyer pour les animaux – Matthieu Ricard

Plaidoyer pour les animaux fut publié en 2014 aux éditions Allary Editions puis en 2015 en format poche aux éditions Pocket. L’auteur, Matthieu Ricard, exemple de sagesse et d’altruisme, délivre à travers cet ouvrage un message fort : il nous faut étendre notre bienveillance tant à l’ensemble de l’espèce humaine qu’aux autres espèces. En effet, il invite le lecteur à se détacher de ses idées reçues, et de ses coutumes et traditions cruelles et inutiles.     L’animal non-humain n’est pas à la disposition de l’Homme. Pour faire passer son message il s’inspire des grandes figures d’intelligence qui peuplent notre Histoire commune et de sa propre réflexion.

Parmi les idées reçues en question : la supériorité de l’espèce humaine. Plus qu’une idée reçue, un mensonge instrumentalisé, une mascarade effroyable qui nous pousse à décider de la vie et de la mort d’êtres qui sont nos égaux.

Il contre de manière plus générale tous les « arguments » infondés – les dires séculaires –  de ceux défendant corps et âmes un mode de vie criminel. On relèvera entre autres ce sophisme mille et une fois entendus dans la bouche de ces consommateurs assassins : « […] il est indécent de tourner son attention vers les animaux et de vouloir améliorer leur sort alors que tant de souffrances affligent les gommes en Syrie, en Irak, au Soudan ou ailleurs. Le simple fait d’avoir de la considération pour les animaux serait une insulte au genre humain ». Mais « si le fait de consacrer quelques-unes de nos pensées, de nos paroles et de nos actions à la réduction des souffrances innommables que nous infligeons délibérément aux autres êtres sensibles que sont les animaux constitue une offense aux souffrances humaines, qu’en est(il alors de passer du temps à écouter France Musique, à faire du sport et à aller se faire bronzer sur une plage? Ceux qui s’adonnent à ces activités et à bien d’autres deviendraient-ils d’abominables individus du fait qu’ils ne consacrent pas l’intégralité de leur temps à remédier à la famine en Somalie? […] Si quelqu’un consacrait 100% de son temps au travail humanitaire, on ne pourrait que l’encourager à continuer. Il est d’ailleurs à parier qu’une personne douée d’un tel altruisme serait également bienveillante à l’égard des animaux. La bienveillance n’est pas une dentée que l’on ne peut distribuer qu’avec parcimonie comme un gâteau au chocolat. C’est une manière d’être, une attitude, l’intention de faire le bien de tous ceux qui entrent dans le champ de notre attention et de remédier à leur souffrance. En aimant aussi les animaux, on n’aime pas moins les hommes, on les aime en fait mieux, car la bienveillance est alors plus vaste et donc de meilleure qualité. Celui qui n’aime qu’une petite partie des êtres sensibles, voire de l’humanité, faite preuve d’une bienveillance partiale et étriquée ».

Quant à l’argument économique, défendre une économie et des emplois basés sur l’esclavagisme des non-humains revient à défendre des emplois relevant de la drogue ou des armes : l’un comme l’autre permettent de faire vivre des personnes.

Ainsi s’attacher à des coutumes ou traditions entraînant l’exploitation, la violence et la douleur de ces mêmes êtres n’est que poudre aux yeux : c’est préférer le massacre à la justice.

Matthieu Ricard étend sans tabou le concept de la douleur, du nom et de la personnification en général à tout être doté de la faculté de ressentir la douleur, le plaisir et de penser en général – ce n’est pas parce qu’ils ne pensent pas comme nous, qu’ils ne pensent pas. Ce n’est pas le propre de l’humain contrairement à ce que disent tous les pseudo-philosophes.

En une phrase, cet ouvrage est une invitation à la conclusion de l’anthropocentrisme. Rien n’a été créé pour l’usage exclusif de l’Homme, qui n’est qu’une espèce parmi d’autres.

On regrettera toutefois que l’auteur ne remette pas en cause l’usage même du terme animal comme désignant toute bête n’appartenant pas à l’espèce humaine. En effet l’Homme est animal. Mais ce livre reste toutefois excellent, riche en recherches et en réflexion, fruit d’une sagesse et d’un altruisme sans failles. Un exemple pour tout un chacun et un incontournable, d’autant que tous les bénéfices de ses droits d’auteur, Matthieu Ricard les reverse à Karuna Shechen, une association humanitaire qu’il a créée ayant accompli 160 projets dans le domaine de la santé, de l’éducation et des services sociaux.

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