Littérature du XXIème siècle, Romans autres

PONTHUS Joseph – A la ligne

LE ROMAN :  À la ligne » est le premier roman, ou plutôt journal de Joseph Ponthus. Pendant deux ans, Joseph Ponthus, 40 ans, a retranscrit ses histoires d’intérimaire en Bretagne, des conserveries de poissons à l’abattoir. A propos du contexte, il dit: «On entend qu’il n’y a plus de classe ouvrière. C’est plutôt qu’il n’y a plus de conscience de classe ouvrière. Le capitalisme a triomphé. Il a segmenté les hommes et le constat s’applique jusqu’à l’intitulé de leur poste. On ne dit plus ouvrier, mais opérateur de production; on ne dit plus chaîne, mais ligne… Cette euphémisation des termes dit quelque chose.»

La perspicacité de l’analyse tient à la formation littéraire de l’auteur. Dans une autre vie, il était éducateur spécialisé en région parisienne. Hypokhâgne, khâgne et la mairie de Nanterre, pour laquelle il s’occupait de jeunes en difficulté En 2015, il plaque tout et file en Bretagne, à Lorient, pour se marier. Pénurie d’offres. La boîte d’intérim l’envoie aux poissons, puis à la barbaque. Ainsi qu’il le note :

« L’usine c’est pour les sous

Un boulot alimentaire

Comme on dit

Parce que mon épouse en a marre de me voir traîner dans le canapé en attente d’une embauche dans mon secteur »

Avec Joseph Ponthus, on quitte le monde de l’entreprise parisien et ses coups fourrés ; on rentre dans le monde des intérimaires, des petits boulots, de la précarité.

« Demain

En tant qu’intérimaire

L’embauche n’est jamais sûre

Les contrats courent sur deux jours une semaine tout au plus

Ce n’est pas du Zola mais on pourrait y croire »

Aucune ponctuation, des retours à la ligne comme dans une poésie, des vers libres sans rime. Comme si l’usine dictait son urgence. Un journal intime empli de poésie où on découvre que les souvenirs de vers d’Apollinaire, d’Hugo, de Cendrars, des chansons de Trénet peuvent vous faire tenir dans l’adversité.

« Le boulot n’est pas si dur

Répétitif

Vider des caisses de vingt-cinq kilos de poissons pour remplir d’autres caisses de vingt-cinq kilos

Certes on dirait les Shadoks

Mais c’est l’usine

Et ça fait les muscles »

Ecrire, c’était le moyen d’échapper à ce monde de fous.