Essai

Quelques grammes de silence. Résistez aux bruits du monde! – Erling Kagge

« Si je ne peux m’éloigner du monde ni à pied, ni en escaladant, ni à la voile, j’ai appris à m’en abstraire ».

C’est ainsi que début cet essai sur le silence écrit par Erling Kagge. Traduit du norvégien par Hélène Hervieu, il fut publié aux éditions Flammarion en mai 2017.

Qui est Erligng Kagge? Un aventurier des temps modernes, un avocat, un collectionneur d’art, un père, et un éditeur. Comme le fait remarquer Rebecca Benhamou dans son article « dire qu’Erling Kagge a vécu plusieurs vies est un euphémisme ». Et pourtant, cet homme aux nombreux accomplissements est adepte du silence.

Pourquoi le silence? Entre essai philosophique et récit d’expérience personnelle, l’auteur nous révèle la difficulté pour l’homme de rester sans rien faire, seul avec ses pensées. Cette difficulté ne date pas de l’ère des nouvelles technologies, pourtant ces dernières réduisent notre faculté à nous concentrer sur une chose à la fois. Notre distraction l’emporte, et s’occuper l’esprit sans arrêt devient une nécessité. En effet, « nous vivons à l’ère du bruit, le silence est mis à rude épreuve ». Ainsi, « le silence est un luxe pour tous ».

 

Un message poétique et clair

Cet ouvrage est un régal. Très accessible, il nous emporte dans cette dimension du silence grâce à une exquise poésie. L’auteur parvient en effet à transmettre son expérience du silence lors de ses périples aux quatre coins du monde. Il délivre alors ce message : « Tu ne peux pas attendre que tout soit calme autour de toi. Ni à New York, ni ailleurs. Tu dois créer ta propre zone de silence », et s’attelle avec beaucoup de souplesse à en dresser les contours.

 

Le silence et sa représentation

L’auteur s’interroge sur cette représentation faussée que nous avons du silence. Ce ne serait « rien ». En physique, le silence correspond à un chiffre : 0.

« Le son est physique et peut se mesurer en décibels, d’accord, mais je trouve réducteur de mesurer les sons avec des chiffres ».

En philosophie, le silence n’existe pas.

« La 1ère année d’étude en philosophie, on apprend que rien ne naît de rien – ex nihilo nihil fit. Cette sentence est aussi vraie qu’elle est ancienne – le philosophe Parménide affirme qu’il est impossible de parler de quelque chose qui n’existe pas, et en disant ça il va à l’encontre de sa propre formule, pour la plus grande joie de beaucoup de ses lecteurs – mais je crois que la conclusion, cette fois-ci, repose sur un minuscule malentendu. Le silence n’est pas rien. Il est plus juste de dire que quelque chose naît de quelque chose ».

Cette quantification du silence demeure le centre de l’essai, celui se nommant même « quelques grammes de silence ». En étant si peu, le silence est décrit comme perceptible par tous les sens, « en négatif » : le bruit étant souvent associé à des images violentes, sombres, mouvantes, etc.

Par ailleurs notons le design magnifiquement épuré de l’ouvrage, tout en rondeur et en délicatesse. Ces tons de bleus inspirés par l’oeuvre de Zao Wou-Ki sur un blanc rappelant de vastes espaces enneigés et calmes. Les couleurs font appels à la visibilité du silence. La forme courbe des angles fait appel à la générosité du silence.

Le livre renferme ainsi un enseignement précieux, à lire et à relire pour le plaisir des yeux…et des oreilles.

 

 

 

« Oui, nous faisons partie d’un continent, mais nous ne devons jamais oublier que nous avons le potentiel pour être notre propre île déserte ». Alors respirez et sentez votre souffle qui entre et se propage dans votre corps avant d’en ressortir, cet instrument de relaxation puissant qui vous permet de vous concentrer sur le moment présent, sur votre état d’apesanteur spirituelle, sur votre calme. Appréciez ce moment, ce cadeau qui vous est fait de vivre. Puis ouvrez les yeux pour déguster quelques grammes de silence supplémentaires.

 

Laisser un commentaire