Roman historique

QUIGNARD PASCAL – Les larmes

Le livre commence avec la naissance de Nithard, le fils de Berthe, fille de Charlemagne, et d’Angilbert, proche conseiller de Charlemagne, et de son frère jumeau, Hartnid. Il semble que les enfants d’Angilbert et de Berthe soient nés hors mariage.
Il accéda à une date incertaine à la charge d’abbé (abbé laïc), de l’Abbaye de Saint-Riquier comme son père avant lui.
Ce fut l’un des principaux conseillers du jeune Charles le Chauve, pour qui il accomplit des missions diplomatiques.
Historien, il fut également un homme de guerre, qui prit part aux guerres entre Charles le Chauve et Lothaire Ier : à la bataille de Fontenoy en 841, il commanda avec succès une aile de l’armée.

LE ROMAN
Ecrit comme peut l’être le texte fondateur d’une civilisation, ce « roman-poème » se divise en dix livres. A chaque fois, ce sont des textes courts.
Il relate les débuts de l’Europe, à travers le parcours de deux petits-fils de Charlemagne : Nithard, l’historien et son jumeau, parti à la recherche d’une femme dont il a rêvé le visage. A travers la quête d’Hartnid, il évoque Le chamanisme. Cette pratique est centrée sur la médiation entre les êtres humains et les esprits de la nature ou les âmes du gibier, les morts du clan, les âmes des enfants à naître, les âmes des malades à guérir, la communication avec des divinités, etc
« L’un écrivait les deux pieds au chaud sur le couvercle de la boîte aux croisillons de fer qui recouvrait la braise…
L’autre naviguait, chevauchait, assouvissait ses envies, ses peurs, ses dégoûts, ses hontes, à l’autre bout du monde, de l’autre côté du monde. »
Epris de culture latine, cette phrase de Sénèque est son pensum :
« Cibus, somnus, libido, per hunc circulum curritur. (La faim, le sommeil, le désir, voilà le cercle dans lequel on tourne.)
Plutôt que d’en faire un récit linéaire, ponctué de dates, l’auteur en a fait une épopée, avec en point d’orgue cette journée du 14 février 842, où « à la fin de la matinée, dans le froid, une étrange brume se lève sur leurs lèvres.
On appelle cela le français.
Nithard, le premier, écrivit le français. »
« Rare les sociétés qui connaissent l’instant de bascule du symbolisme : la date de naissance de leur langue, les circonstances, le lieu, le temps qu’il faisait. »

« Ce premier texte français se termine par une sublime double négation, qui est une terrible imprécation en cas de parjure.

En nulle aide ne serai

Ni je ni nul. »

Un texte magnifique à lire et relire.
L’AUTEUR
Pascal Quignard, né le 23 avril 1948 à Verneuil-sur-Avre, est un écrivain français. Il a été lauréat du prix Goncourt 2002 pour Les Ombres errantes, publié chez Grasset. Par ailleurs violoncelliste, il a fondé le Festival d’opéra et de théâtre baroques de Versailles. L’un de ses livres les plus connus est certainement le court roman Tous les matins du monde, dont le succès est lié à la version cinématographique réalisée par Alain Corneau.
« Les philosophes décrivent les hommes comme étant immédiatement pourvus d’une identité, des hommes qui naîtraient à trente ans, comme Adam et Eve. Ils ne tiennent absolument pas compte de l’existence d’un premier monde puis d’un second, ils ne s’intéressent pas au fait que l’on naisse et que cette naissance fasse cesser un lien inimaginable, originel, obscur et cardiaque. Ce premier monde que les contes situent dans une grotte ou sous l’eau, ce monde d’avant que nous ayons la voix, me fascine profondément. C’est un monde très important pour la musique. J’ai beaucoup travaillé là-dessus, je crois que le chant vient après la basse continue. »
Vous pouvez retrouver l’intégralité de cette interview à l’adresse suivante
https://www.lexpress.fr/culture/livre/pascal-quignard_801257.html

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