Théâtre

Racine – Mithridate

Mithridate VI Eupator (132 av. J.-C. – 63 av. J.-C.) a véritablement existé. Il fut roi du Pont, royaume situé au nord-est de l’Asie mineure, et au sud de la mer Noire.

Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski

Il a mené des guerres de 88 à 63 av. J.-C. et s’est farouchement opposé à l’expansion de l’Empire romain. Ainsi Racine parle-t-il de lui en ces mots : « Sa vie et sa mort font une partie considérable de l’histoire romaine. Et sans compter les victoires qu’il a remportées, on peut dire que ses seules défaites ont fait presque tout la gloire de trois des plus grands capitaines de la république [c’est à savoir, de Sylla, de Lucullus, et de Pompée]. » D’ailleurs, la défaite dont il est question dans la pièce est celle contre Pompée, et voici ce que dit Mithridate à l’acte II, scène 3, v.435-440 :

« Enfin après un an, tu me revois, Arbate,
Non plus comme autrefois cet heureux Mithridate,
Qui de Rome toujours balançant le destin,
Tenais entre elle et moi l’univers incertain.
Je suis vaincu. Pompée a saisi l’avantage
D’une nuit qui laissait peu de place au courage. » 

L’intrigue : On rapporte que le roi est mort durant une campagne militaire contre les romains. Xipharès, éperdument amoureux de la belle Monime, ose alors révéler l’amour qu’il ressent pour elle à Arbate, confident de Mithridate. Quant à Pharnace, on apprend qu’il s’est allié avec les romains – ennemis jurés de son père – et sa volonté d’accéder au trône et d’obtenir la main de Monime.

Mais voilà que tous ces projets sont contrariés : Mithridate n’est pas mort, il revient. Toutes les révélations du premier acte sont peu à peu être révélées à Mithridate qui décide en conséquence de tuer ses deux fils et Monime. Pharnace s’enfuit, instigue la révolte parmi les troupes de Mithridate et rejoint les romains alors que ceux-ci viennent affronter les armées du Pont. Mithridate reçoit lors de cette bataille un coup mortel mais avant d’expirer il révoque sa sentence : Monime et doit vivre. Il n’a pas été capturé grâce à Xipharès qui, toujorus fidèle à son père, est parvenu à faire fuir les Romains. La scène se clôt sur cette lourde réplique de Xipharès :

« Ah ! Madame ! unissons nos douleurs,
Et par tout l’univers cherchons lui des vengeurs. »
(V, scène dernière, 1692-1698)

L’édition utilisée pour les citations est la suivante :

Racine, Théâtre complet II, édition de Jean-Pierre Colinet, Malesherbes, 2016, Folio classique

 

ACTE I, scène 1 : Xipharès dévoile l’amour qu’il ressent pour Monime à Arbate.

« On nous faisait, Arbate, un fidèle rapport :
Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort.
Les Romains vers l’Euphrate ont attaqué mon père,
Et trompé dans la nuit sa prudence ordinaire.
Après un long combat, tout son camp dispersé
Dans la foule des morts en fuyant l’a laissé,
Et j’ai su qu’un soldat dans les mains de Pompée
Avec son diadème a remis son épée.
Ainsi ce roi, qui seul a durant quarante ans
Lassé tout ce que Rome eut de chefs importants,
Et qui dans l’Orient balançant la fortune
Vengeait de tous les rois la querelle commune,
Meurt, et laisse après lui pour venger son trépas,
Deux fils infortunés qui ne s’accordent pas.» (I, 1, 1-14)

 

Acte I, scène 2 : Xipharès dit à Monime son amour pour elle.

« Si vous aimer c’est faire un si grand crime,
Pharnace n’en est pas seul coupable aujourd’hui,
Et je suis mille fois plus criminel que lui. » (I, 2, 168-170)

 

A l’acte I, scène 3, Pharnace révèle ses plans à Monime : son projet qu’il a de l’épouser et celui de s’allier aux romains. Xipharès s’y oppose, et Pharnace devine alors les sentiments de son frère pour la belle Monime.

Acte I, scène 4 : On apprend que Mithridate n’est pas mort.

« PHOEDIME

Princes, toute la mer est de vaisseaux couverte,
Et bientôt, démentant le faux bruit de sa mort,
Mithridate lui-même arrive dans le port.» (I, 4, 328-330)

 

Acte I, scène 5 : Pharnace propose à Xipharès une alliance contre leur père. Xipharès refuse.

« PHARNACE

Mithridate revient ? Ah, fortune cruelle !
Ma vie et mon amour tous deux courent hasard ;
Les Romains que j’attends arriveront trop tard.
Comment faire ?
(À Xipharès.)
J’entends que votre cœur soupire.
Et j’ai conçu l’adieu qu’elle vient de vous dire,
Prince. Mais ce discours demande un autre temps.
Nous avons aujourd’hui des soins plus importants.
Mithridate revient, peut-être inexorable.
Plus il est malheureux, plus il est redoutable.
Le péril est pressant plus que vous ne pensez.
Nous sommes criminels, et vous le connaissez.
Rarement l’amitié désarme sa colère.
Ses propres fils n’ont point de juge plus sévère.
Et nous l’avons vu même à ses cruels soupçons
Sacrifier deux fils pour de moindres raisons.
Craignons pour vous, pour moi, pour la reine elle-même.
Je la plains d’autant plus que Mithridate l’aime.
Amant avec transport, mais jaloux sans retour
Sa haine va toujours plus loin que son amour.
Ne vous assurez point sur l’amour qu’il vous porte.
Sa jalouse fureur n’en sera que plus forte.
Songez-y. Vous avez la faveur des soldats,
Et j’aurai des secours que je n’explique pas.
M’en croirez-vous ? Courons assurer notre grâce.
Rendons-nous, vous et moi, maîtres de cette place,
Et faisons qu’à ses fils il ne puisse dicter
Que des conditions qu’ils voudront accepter.

XIPHARES

Je sais quel est mon crime, et je connais mon père.
Et j’ai par-dessus vous le crime de ma mère.
Mais quelque amour encor qui me pût éblouir,
Quand mon père paraît, je ne sais qu’obéir. » (I, V, 336-366)

 

Acte II, scène 1: On apprend que Monime aime Xipharès en retour.

« MONIME

Mon malheur est plus grand que tu ne peux penser.
Xipharès ne s’offrait alors à ma mémoire,
Que tout plein de vertus, que tout brillant de gloire,
Et je ne savais pas que, pour moi plein de feux,
Xipharès des mortels fût le plus amoureux. » (II, 1, 338-402)

 

A l’acte II, scène 2, Mithridate prononce ses premières paroles – son premier monologue – et annonce alors son arrivée.

Acte II, scène 3 : Mithridate raconte sa défaite à Arbate. Puis il apprend que Pharnace, croyant son père mort, était venu pour réclamer le royaume. Quant à Xipharès, Arbate ment et raconte qu’il était venu pour réclamer sa part du Royaume. Mithridate en est rassuré : il craignait que le cœur de Monime lui ait été pris.

« MITHRIDATE

Ah ! c’est le moindre prix qu’il [Xipharès] doit se proposer,
Si le ciel de mon sort me laisse disposer.
Oui, je respire, Arbate, et ma joie est extrême.
Je tremblais, je l’avoue, et pour un fils que j’aime,
Et pour moi qui craignais de perdre un tel appui,
Et d’avoir à combattre un rival tel que lui.
Que Pharnace m’offense, il offre à ma colère
Un rival dès longtemps soigneux de me déplaire,
Qui toujours des Romains admirateur secret,
Ne s’est jamais contre eux déclaré qu’à regret,
Et s’il faut que pour lui Monime prévenue
Ait pu porter ailleurs une amour qui m’est due,
Malheur au criminel qui vient me la ravir,
Et qui m’ose offenser et n’ose me servir !
M’aime-t-elle ? » (II, 3, 509-523)

Acte II, scène 4 : Monime, contrainte, révèle à Mithridate qu’elle ne fait que lui obéir et n’a point d’amour à son égard. Puis en l’interrogeant, il se méprend et comprend que Pharnace aime la future reine.

« MITHRIDATE

Ainsi, prête à subir un joug qui vous opprime,
Vous n’allez à l’autel que comme une victime ;
Et moi, tyran d’un cœur qui se refuse au mien,
Même en vous possédant je ne vous devrai rien.
Ah ! madame, est-ce là de quoi me satisfaire ?
Faut-il que désormais, renonçant à vous plaire,
Je ne prétende plus qu’à vous tyranniser ? » (II, 4, 551-557)

MITHRIDATE
« Je vois qu’un fils perfide épris de vos beautés,
Vous a parlé d’amour, et que vous l’écoutez.» (II, 4, 589-590)

Acte II, scène 5 : S’adressant à Xipharès, Mithridate lui apprend l’amour de Pharnace pour Monime.

En réalité, Pharnace n’aime pas la future reine, il ne voit en elle qu’un bon parti, un avantage politique.

« MITHRIDATE

Venez, mon fils, venez, votre père est trahi.
Un fils audacieux insulte à ma ruine,
Traverse mes desseins, m’outrage, m’assassine,
Aime la reine enfin, lui plaît, et me ravit
Un cœur que son devoir à moi seul asservit.
Heureux pourtant, heureux, que dans cette disgrâce
Je ne puisse accuser que la main de Pharnace,
Qu’une mère infidèle, un frère audacieux,
Vous présentent en vain leur exemple odieux. »

 

Acte II, scène 6 : Xipharès s’entretient avec Monime. Il lui demande s’il est bien vrai que Pharnace l’aime. Elle dément cette croyance, fruit de la sur-interprétation du roi et lui avoue au contraire qu’elle l’aime lui, Xipharès. Xipharès est aux anges.

« XIPHARÈS

Ô ciel ! Quoi ? Je serais ce bienheureux coupable
Que vous avez pu voir d’un regard favorable ?
Vos pleurs pour Xipharès auraient daigné couler ?

MONIME

Oui, Prince. Il n’est plus temps de le dissimuler ;
Ma douleur pour se taire a trop de violence.
Un rigoureux devoir me condamne au silence.
Mais il faut bien enfin, malgré ses dures lois,
Parler pour la première et la dernière fois.
Vous m’aimez dès longtemps. Une égale tendresse
Pour vous depuis longtemps m’afflige et m’intéresse. » (II, 6, 671-680)

Acte III, scène 1 : Mithridate fait face à ses feux fils. Il se lance dans une tirade de 151 vers. Le sujet de cette tirade : la guerre qu’il compte mener au sein même de Rome, et en conséquence tous les alliés dont il dispose pour mener cet affrontement. Voulant s’allier aux Parthes, il mande à Pharnace d’aller s’unir à leur princesse. Mais Pharnace refuse et Mithridate met ce refus sur le compte de son amour pour Monime.

MITHRIDATE

« Daces, Phannoniens, la fière Germanie,
Tous n’attendent qu’un chef contre la tyrannie. » (III, 1, v.803-804)

« Annibal l’a prédit, croyons-en ce grand homme :
Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. » (III, 1, v.835-836)

Acte III, scène 2 : Mithridate fait arrêter Pharnace. Ce dernier révèle alors que Xipharès aime aussi la future reine. La scène n’est composée que de ces deux répliques :

« MITHRIDATE

Holà ! gardes. Qu’on le saisisse.
Oui, lui-même, Pharnace. Allez, et de ce pas
Qu’enfermé dans la tour on ne le quitte pas.

PHARNACE

Eh bien ! sans me parer d’une innocence vaine,
Il est vrai, mon amour mérite votre haine.
J’aime, l’on vous a fait un fidèle récit.
Mais Xipharès, Seigneur, ne vous a pas tout dit.
C’est le moindre secret qu’il pouvait vous apprendre.
Et ce fils si fidèle a dû vous faire entendre
Que des mêmes ardeurs dès longtemps enflammé,
Il aime aussi la reine, et même en est aimé. » (III, 2, 987-998)

Acte III, scène 3 : Mithridate et Xipharès se font face. Mithridate rassure son fils : il ne croit point la rumeur lancée par Pharnace.

Acte III, scène 4 : Seul, Mithridate dément ce qu’il vient de dire à Xipharès. Le doute s’est infiltré en lui et il pense que Xipharès et Monime s’aiment probablement. Il décide, à la fin de son monologue, de ruser pour s’assurer que cette rumeur est vraie.

MITHRIDATE

Je ne le croirai point ? Vain espoir qui me flatte !
Tu ne le crois que trop, malheureux Mithridate.
Xipharès mon rival ? et d’accord avec lui
La reine aurait osé me tromper aujourd’hui ?
Quoi ? de quelque côté que je tourne la vue,
La foi de tous les cœurs est pour moi disparue ?
Tout m’abandonne ailleurs, tout me trahit ici ?
Pharnace, amis, maîtresse, et toi, mon fils aussi ?
Toi de qui la vertu consolant ma disgrâce…
Mais ne connais-je pas le perfide Pharnace ?
Quelle faiblesse à moi d’en croire un furieux
Qu’arme contre son frère un courroux envieux,
Ou dont le désespoir, me troublant par des fables,
Grossit pour se sauver le nombre des coupables ?
Non, ne l’en croyons point, et sans trop nous presser,
Voyons, examinons. Mais par où commencer ?
Qui m’en éclaircira ? quels témoins ? quel indice ?…
Le ciel en ce moment m’inspire un artifice.
Qu’on appelle la reine. Oui, sans aller plus loin,
Je veux l’ouïr. Mon choix s’arrête à ce témoin.
L’amour avidement croit tout ce qui le flatte.
Qui peut de son vainqueur mieux parler que l’ingrate ?
Voyons qui son amour accusera des deux.
S’il n’est digne de moi, le piège est digne d’eux.
Trompons qui nous trahit ; et pour connaître un traître
Il n’est point de moyens… Mais je la vois paraître.
Feignons, et de son cœur, d’un vain espoir flatté
Par un mensonge adroit tirons la vérité. (III, 4, 1007-1034)

Acte III, scène 5 : Mithridate fait croire à Monime qu’il veut la marier à son fils Xipharès. Elle finit par admettre qu’elle l’aime : le secret est révélé.

« MONIME

Si le sort ne m’eût donnée à vous,
Mon bonheur dépendait de l’avoir pour époux.
Avant que votre amour m’eût envoyé ce gage,
Nous nous aimions… Seigneur, vous changez de visage !

MITHRIDATE

Non, Madame. Il suffit. Je vais vous l’envoyer.
Allez ; le temps est cher, il le faut employer.
Je vois qu’à m’obéir vous êtes disposée ;
Je suis content. » (III, 5, 1109-1112)

Acte III, scène 6 : Troisième monologue de Mithridate. Il fait le point sur ce qu’il vient d’apprendre : l’amour de Xipharès pour la reine.

Acte IV, scène 1 : Monime s’entretient avec sa confidente, Phoedime, et lui confie ses craintes : elle craint que la roi est feint de lui donner pour époux Xipharès afin de voir si elle l’aimait. Ses craintes ne sont pas vaines puisque Mithridate a en effet eu recours à la dissimulation pour connaître les sentiments de Monime vis-à-vis de Xipharès. Toutefois, Phoedime ne peut croire qu’un tel artifice ait pu être utilisé par le grand roi Mithridate et tente de rassurer sa maîtresse.

Phoedime :

« Ah! Traitez-le, Madame, avec plus de justice.
Un grand roi descend-il jusqu’à cet artifice? » (IV, 1, 1147-1148)

 

Acte IV, scène 2 : Xipharès sait ce que trâme son père. Il fait ses adieux à Monime et la presse de faire tout ce qu’il sera nécessaire pour vivre et ne pas déplaire davantage au roi.

« XIPHARES

C’est maintenant qu’il faut vous dire adieu.

MONIME

Adieu ! Vous ?

XIPHARES

Oui, Madame, et pour toute ma vie. » (IV, 2, v.1182-1183)

« XIPHARES

Madame, je ne sais quel ennemi couvert
Révélant nos secrets vous trahit et me perd.
Mais le roi, qui tantôt n’en croyait point Pharnace,
Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.
Il feint, il me caresse, et cache son dessein.
Mais moi, qui dès l’enfance élevé dans son sein,
De tous ses mouvements ai trop d’intelligence,
J’ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance. » (IV, 2, v. 1185-1192)

L' »ennemi » dont il est question ici est en fait Monime elle-même qui sans le vouloir a fait connaître ses sentiments au roi.

 

Acte IV, scène 3 : Très courte scène (deux répliques) durant laquelle Monime ordonne à Phoedime d’aider Xipharès à se cacher.

Acte IV, scène 4 : Mithridate est sur le point de partir mener bataille. Il hâte alors son union avec la princesse Monime. Mais elle refuse : en effet, elle ne saurait s’unir à un roi aussi mesquin.

MITHRIDATE

« Venez, et qu’à lautel ma promesse accomplie
Par des nœuds éternels l’un à l’autre nous lie. » (IV, 4, v. 1275-1276)

MITHRIDATE

« Revoyez-moi vainqueur et partout redouté.
Songez de quelle ardeur dans Ephèse adorée,
Aux filles de cent rois je vous ai préférée,
Et, négligeant pour vous tant d’heureux alliés,
quelle foule d’Etats je mettais à vos pieds.

Ah : si d’un autre amour le penchant invincible
Dès lors à mes bontés vous rendait insensible,
Pourquoi chercher si loin un odieux époux ?» (IV, 4, v. 1294-1301)

MONIME

« Toujours je vous croirais incertain de ma foi ;

Et le tombeau, Seigneur est moins triste pour moi,
Que le lit d’un époux qui m’a fait cet outrage,
Qui s’est acquis sur moi ce cruel avantage,
Et qui me préparant un éternel ennui,
M’a fait rougir d’un feu qui n’était pas pour lui. » (IV, 4, v. 1349-1354)

MONIME

« Je vous connais ; je sais tout ce que je m’apprête,
Et je vois quels malheurs j’assemble sur ma tête.
Mais le dessein est pris, rien ne peut m’ébranler.
Jugez-en, puisque ainsi je vous ose parler,
Et m’emporte au-delà de cette modestie
Dont jusqu’à ce moment je n’étais point sortie.
Vous vous êtes servi de ma funeste main
Pour mettre à votre fils un poignard dans le sein.
De ses feux innocents j’ai trahi le mystère ;
Et quand il n’en perdrait que l’amour de son père,
Il en mourra, Seigneur. Ma foi ni mon amour
Ne seront point le prix d’un si cruel détour. »  (IV, 4, 1359-1370)

 

Acte IV, scène 5 : Quatrième monologue de Mithridate. Il décide de faire périr ses deux fils et Monime.

MITHRIDATE

« Qui suis-je ? Est-ce Monime ? Et suis-je Mithridate ?
Non, non, plus de pardon, plus d’amour pour l’ingrate.
Ma colère revient et je me reconnois.
Immolons en partant, trois ingrats à la fois. » (IV, 5, v. 1383-1386)

 

Acte IV, scène 6 : Arbate rapporte à Mithridate que ses soldats se mutinent. Pharnace qui a éséduit ses gardes » s’est enfuit des geôles et mène les troupes. « Pharnace est à leur tête, et flattant leurs souhaits, / De la part des Romains il leur promet la paix ». (IV, 6, v. 1433-1434)

Acte IV, scène 7 : Arcas, rapport à Mithridate que la cité est encerclée par les Romains. « De Romains le ravage est chargé, / Et bientôt dans ces murs vous êtes assiégé ». (IV, 7, v. 1449-1450). Mithridate charge Arcas d’une sombre mission : « Ecoutez. Du malheur qui me presse/ Tu ne jouiras pas, infidèle princesse. » (IV, 7, v. 1451-1452)

Acte V, scène 1 : Monime, croyant Xipharès mort, a tenté de se suicider avec son diadème, mais le bandeau s’est fendu. Phoedime la surprend et la prie de ne pas tirer de conclusions hâtives.

 

Acte V, scène 2 : Mithridate à chargé Arcas de donner du poison à Monime pour qu’elle se suicide. Arcas rapporte les desseins du roi à la princesse.

ARCAS

Ne me demandez rien de tout ce qui se passe,
Madame. On m’a chargé d’un plus funeste emploi,
Et ce poison vous dit la volonté du roi. (V, 2, 2-4)

 

Acte V, scène 3 : Arbate est chargé par le roi d’annuler la sentence. Monime doit vivre.

« ARBATE, jetant le poison

Cessez, vous dis-je, et laissez-moi,
Madame, exécuter les volontés du roi.
Vivez. Et vous, Arcas, du succès de mon zèle,
Courez à Mithridate apprendre la nouvelle. » (V, 3, 1541-1544)

 

Acte V, scène 4 : Arbate rapporte que Mithridate, touché par une épée, est sur le point de mourir. Xipharès, triomphant, l’accompagne.

« ARBATE

Le roi touche à son heure dernière,
Madame, et ne voit plus qu’un reste de lumière.
Je l’ai laissé sanglant, porté par des soldats,
Et Xipharès en pleurs accompagne leurs pas. »(V, 4, v. 1551-1554)

 

ARBATE

« Il vit chargé de gloire, accablé de douleurs. » (V, 4, v. 1559)

 

Acte V, scène dernière : Mithridate prononce ses dernières paroles puis expire.

MITHRIDATE

Cessez et retenez vos larmes l’un et l’autre.
Mon sort de (en montrant Xipharès) sa tendresse et de votre amitié
Veut d’autres sentiments que ceux de la pitié,
Et ma gloire, plutôt digne d’être admirée,
Ne doit point par des pleurs être déshonorée.
J’ai vengé l’univers autant que je l’ai pu :
La mort dans ce projet m’a seule interrompu.
Ennemi des Romains et de la tyrannie,
Je n’ai point de leur joug subi l’ignominie,
Et j’ose me flatter qu’entre les noms fameux
Qu’une pareille haine a signalés contre eux,
Nul ne leur a plus fait acheter la victoire,
Ni de jours malheureux plus rempli leur histoire.
Le ciel n’a pas voulu qu’achevant mon dessein,
Rome en cendre me vît expirer dans son sein ;
Mais au moins quelque joie en mourant me console :
J’expire environné d’ennemis que j’immole ;
Dans leur sang odieux, j’ai pu tremper les mains,
Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains.
À mon fils Xipharès je dois cette fortune ;
Il épargne à ma mort leur présence importune.
Que ne puis-je payer ce service important
De tout ce que mon trône eut de plus éclatant !
Mais vous me tenez lieu d’empire, de couronne ;
Vous seule me restez : souffrez que je vous donne,
Madame, et tous ces vœux que j’exigeais de vous,
Mon cœur pour Xipharès vous les demande tous. (V, scène dernière, 1648-1674)

MITHRIDATE

Tôt ou tard il faudra que Pharnace périsse.
Fiez-vous aux Romains du soin de son supplice.
Mais je sens affaiblir ma force et mes esprits ;
Je sens que je me meurs. Approchez-vous, mon fils :
Dans cet embrassement dont la douceur me flatte,
Venez, et recevez l’âme de Mithridate. (V, scène dernière, 1691-1696)

MONIME

Il expire.

XIPHARES

Ah ! Madame ! unissons nos douleurs,
Et par tout l’univers cherchons lui des vengeurs. (V, scène dernière, 1692-1698)

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