Thriller

Saga Lontano – Jean-Christophe Grangé

Jean-Christophe Grangé est journaliste, reporter international, écrivain, scénariste et scénariste de BD. Du talent, du talent et encore du talent. Aujourd’hui, c’est la saga familiale en deux volets Lontano et Congo Requiem qui fait l’objet d’une critique littéraire.

Lontano est le premier volume de la saga. Il est publié en 2015. Au programme, une famille où les secrets les plus sombres bouillonnent, les Morvan, et un meurtrier du Zaïre ressuscité, l’Homme-clou, qui frappe désormais à Paris.

Congo Requiem est la suite incontournable de Lontano. La réponse à toutes ces interrogations qui envahissent l’esprit du lecteur avide de violence. Erwan, le fils aîné, décide envers et contre son père d’aller fouiller dans le passé de celui-ci au Congo… Parallèlement, Loïc doit se rendre en Italie où son beau-père est décédé dans des conditions plus que mystérieuses, et Gaëlle fait face à Paris à un psychiatre effrayant. Grégoire mène pendant ce temps ses opérations de spoliation des terres congolaise et de contribution au conflit. Il se sent protégé du passé, de son passé qui a disparu avec les traces qu’il y a laissées 40 ans auparavant. Mais contrairement à ce qu’il pense il n’y a pas que la « la pluie, la boue et la brousse » qui perdurent au Congo : les souvenirs et leurs détenteurs n’ont pas encore disparu…

Sous couvert d’un thriller efficace, Grangé dresse le portrait d’une famille déchirée, d’adultes traumatisés par leur enfance, et d’un fatalisme sans faille.

« De son point de vue, il n’y avait là-bas ni problème ni solution. Seulement un imbroglio inextricable à gérer au jour le jour ». Voici ce que pense Grégoire à propos du Congo. Malheureusement pour lui il semble que cette description soit applicable à sa propre vie, et sa propre famille. Tous les éléments de l’histoire apparaissent exacerbés, c’est bien le propre de l’auteur. Pourtant l’exacerbation laisse parfois place à des clichés : toute leur enfance, Gaëlle, Loïc et Erwan ont dû subir la violence conjugale de leur père vis-à-vis de leur mère. Si Erwan trouve un équilibre de vie tant bien que mal à la Crime, où il travaille, Gaëlle et Loïc sombrent dans la puérilité et toute leur vie est dédiée à se venger de leur père des manières les plus stupides, quitte à mettre en danger leur propre santé, et ne semblent avoir aucune once de sympathie pour leur mère.

Par ailleurs, Grégoire est dépeint comme le serviteur de l’ordre, un personnage trivial et une brute mais soi-disant un homme droit. Il s’agit en fait d’une crapule innommable qui n’a pas honte de perpétuer une forme d’esclavage pour s’enrichir indéfiniment, et dont la fierté éclabousse tout sur son passage. Mais après tout il faut l’avouer, c’est pour cette bipolarité que le lecteur éprouve une sorte de fascination pour le personnage. « Sans le moindre véhicule motorisé ni aucune technologie moderne, il allait diriger des centaines de gars prêts à s’enterrer vivants pour une poignée de francs congolais (billets magnifiques, aucune valeur). Si besoin était, il les frapperait ou les menacerait, comme n’importe quel autre seigneur de guerre. Avait-il jamais été autre chose ? Cette question lui fit chaud au cour : même les ordures ont besoin de cohérence. » 

 

Finalement, Grangé comme a son habitude, a délivré un thriller riche en connaissance et en émotions. La psychologie des personnages, malgré quelques bémols, est bien menée, et l’histoire vous tient en haleine jusqu’à la dernière page.

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