Roman historique

MARAI SANDOR – la nuit du bûcher

Le contexte du roman.

 1598 :

·         mort de Philippe II d’Espagne : c’est un prince de la Contre-Réforme. La défense sourcilleuse de la foi catholique est une véritable clef de voute de sa politique. L’Inquisition maintient sa puissance dans la société espagnole. L’inquisition espagnole était décrite comme une machine de mort et de torture, en dépit des règles assez strictes entourant l’usage de la torture et du nombre finalement assez faible d’exécutions comparativement à ce qui se pratiquait dans la justice civile dans la seconde moitié du XVIe siècle.

·         L’édit de Nantes est  promulgué en avril 1598 par le roi de France Henri IV. Cet édit accordait notamment des droits de culte, des droits civils et des droits politiques aux protestants dans certaines parties du royaume.

Depuis l’excommunication de Luther en 1521, la chrétienté est déchirée par des courants contestataires vis-à-vis de la papauté.

Les historiens estiment qu’il s’est imprimé vingt millions de livres en Europe dans les cinquante premières années qui ont suivi l’invention de Gutenberg, alors que la population était alors d’environ cent millions d’habitants.

Le monopole de l’église romaine et menacée par les idées nouvelles qui sont diffusées. Elle veut le rétablissement de son unité détruite et chasse l’hérétique par tous les moyens.

le roman

C’est dans ce contexte qu’un jeune Carme d’Avila arrive à Rome pour vérifier l’orthodoxie des procédés de l’Inquisition espagnole.

Il est hébergé dans le couvent qui dépend de l’Inquisition. Ses soirées s’écoulent avec les pensionnaires et les « confortateurs », des bourgeois romains qui passent la dernière nuit avec les condamnés pour les exhorter à rentrer dans le giron de l’église romaine. Il apprend ainsi qu’il faut chasser l’hérésie jusque dans la famille et amener les enfants à dénoncer leurs parents, les frères à se dénoncer entre eux… Le livre est une arme puissante. Il permet l’expansion des idées : il faut les détruire… au bout de 16 mois de formation, il décide de rentrer en Espagne. Il demande à assister aux dernières heures d’un hérétique pour voir comment se déroule une confortation. La requête est acceptée : il assistera aux dernières heures de Bruno Giordano

L’auteur a choisi de commencer son roman en 1598, l’année de l’édit de Nantes et l’achève en février 1600 avec Bruno Giordano, le philosophe et physicien qui est livré aux flammes du bûcher. Il s’agit d’un roman très bien documenté, pas du tout romanesque où le héros évolue parmi des gens d’église. Si vous vous intéressez à l’histoire de l’Europe au 16e siècle, ce livre vous passionnera. Personnellement, j’ai apprécié de pouvoir observer l’inquiétude fondamentale des hommes du 16es : le salut de l’âme (la leur et celle des autres) et cette manie intemporelle de croire que l’on détient la vérité absolue qu’il faut imposer aux autres.

L’auteur : Sándor Márai,  né le 11 avril 1900, dans l’Empire austro-hongrois, et mort le 22 février 1989 à San Diego, aux Etats Unis, est un écrivain et journaliste hongrois.

L’œuvre de Sándor Márai est maintenant considérée comme faisant partie du patrimoine littéraire européen. Il est l’un des derniers représentants de la culture brillante  de la Mitteleuropa emportée par la défaite de l’Empire austro-hongrois et par les totalitarismes. Cet intellectuel idéaliste écrivait dans Les Confessions d’un bourgeois : « Tant qu’on me laissera écrire, je montrerai qu’il fut une époque où l’on croyait en la victoire de la morale sur les instincts, en la force de l’esprit et en sa capacité de maîtriser les pulsions meurtrières de la horde. »

citations :

« le visage de la Vierge n’accuse pas, elle accepte la réalité terrestre comme quelqu’un qui croit que le Sacrifice a un certain sens. »

« Toutefois, la curiosité mauvaise brasille encore dans la conscience des Romains quand ils sont assemblés sur la place, où ce ne sont plus des païens qui assassinent les chrétiens mais des chrétiens qui assassinent des chrétiens différents d’eux. »

« Après le travail de la nuit, ils rentraient chez eux  à l’aube, l’âme sereine, avec le sentiment du devoir accompli : ils avaient aidé un hérétique à gagner l’autre monde. »

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