Théâtre anglais

Shakespeare – Le roi Lear

Le Roi Lear TNP ©Michel Cavalca

Cette tragédie de William Shakespeare raconte la chute du légendaire roi Lear (ou Leir, roi des brittoniques, peuple celte ayant vécu en Grande Bretagne de l’âge de fer au Moyen-Age).

L’intrigue : Le Roi Lear décide de donner son royaume en partage à ses trois filles, Reagan, Goneril, et Cordelia. Il demande à chacune d’exprimer par des mots la grandeur de son amour pour lui. Goneril et Reagan, aussi fielleuses que menteuses, dépeignent alors un amour indéfinissable, inatteignable, incommensurable ! Cordélia, dont le cœur est pur et dont les sentiments sont vrais, ne trouve rien d’autre à dire que « Nothing » (I, 1, v.87). Ce à quoi son père répond :

« Nothing will come of nothing ; speak again. »

«De « rien » il ne vient rien : parle encore.» 

(I,1, 89)

Malgré les conseils de Kent, son plus dévoué serviteur, le Roi Lear éclate d’une colère effroyable et déshérite sa cadette de tous les biens qu’elle pouvait espérer, ainsi que de son statut de fille du roi. Le roi de France accepte malgré tout de l’épouser : ils s’en vont et ne réapparaissent qu’à la fin de la pièce. Le Royaume d’Angleterre est partagé entre les deux aînés, Goneril et Reagan.

Parallèlement, Edmond, fils bâtard de Gloster, complote contre son frère Edgar (fils légitime) et son propre père.

Les 5 actes ne font que compter la mise en scène des complots et la longue déchéance des personnages.

Au dernier acte, tous meurent : le roi, sa fille Cordélia, Reagan, Goneril, Edmond, et Gloster.

Restent alors : Albany (le mari de la défunte Goneril), Edgar, et Kent. La scène se clôt d’ailleurs sur cette sombre réplique d’Albany :

“The weight of this sad time we must obey;
Speak what we feel, not what we ought to say.
The oldest hath borne most: we that are young
Shall never see so much, nor live so long.”

« Au poids de ce sombre temps il nous faut nous
soumettre,
Dire ce que nous sentons, non ce que nous devrions dire.
Les plus vieux ont souffert le plus ; nous qui sommes
jeunes
Nous n’en verrons jamais autant ni n’aurons vie aussi
longue. »

(V, 3, 323-326).

L’édition utilisée pour les citations qui suivent est la suivante :

Shakespeare, Le Roi Lear, trad. Armand Robin,  Espagne, 2014, Flammarion, bilingue

 

Sincérité

« KENT

Think’st thou that duty shall have dread to speak,
When power to flattery bows? To plainness honour’s bound
When majesty stoops to folly. Reverse thy state,
And in thy best consideration check
This hideous rashness. Answer my life my judgment,
Thy youngest daughter does not love thee least.
Nor are those empty-hearted whose low sound
Reverb no hollowness. »

Penses-tu que le devoir aura peur de parler
Lorsque le pouvoir s’incline devant la flatterie ? Au
franc parler
Est lié l’honneur, lorsque le roi s’abaisse à la démence.
Garde ton royaume, et, par ton jugement le meilleur,
fais échouer
Cet atroce emportement. Je réponds sur ma tête qu’à
mon avis
Ta plus jeune fille n’est pas celle qui t’aime le moins :
Ils ne sont pas non plus vides de cœur ceux dont la
faible voix
N’est l’écho d’aucun creux. (V. 106-117)

 

« KENT

Kill thy physician, and the fee bestow
Upon the foul disease. Revoke thy gift,
Or, whilst I can vent clamour from my throat,
I’ll tell thee thou dost evil. »

Assassine ton médecin et verse les honoraires
Au mal atroce. Révoque ta sentence ;
Sinon, tant que je pourrai exhaler des cris hors ma gorge,
Je te dirai que tu fais le mal. (v. 161-164)

 

« FOOL

Thou should’st not have been old till thou hadst been
wise. »

Tu n’aurais pas dû être vieux avant d’avoir été sage. (I, 5, v. 35)

 

« EDGAR

Yet better thus, and known to be contemned,
Than still contemned and flattered. To be worst,
The lowest and most dejected thing of Fortune,
Stands still in esperance, lives not in fear:
The lamentable change is from the best;
The worst returns to laughter. Welcome, then,
Thou unsubstantial air that I embrace:
The wretch that thou hast blown unto the worst
Owes nothing to thy blasts. »

Pourtant mieux vaut être ainsi, oui, méprisé et le sachant,
Que méprisé et louange. Pour être au pire,
La plus basse, la plus déchue créature du destin
Tient toujours ferme dans l’espoir, ne vit pas dans la
crainte.
Tout lamentable changement lui vient du mieux
Et le pire ramène à rire. Sois donc le bienvenu,
Air sans substance que j’embrasse !
Le malheureux que ton souffle à jeté dans le pire
Ne doit rien à tes rafales. (IV, 1, 1-9)

 

Vertu

« FRANCE

Fairest Cordelia, that art most rich, being poor;
Most choice, forsaken; and most loved, despised;
Thee and thy virtues here I seize upon.
Be it lawful I take up what’s cast away.
Gods, gods! ‘Tis strange that from their cold’st neglect
My love should kindle to inflamed respect.
Thy dowerless daughter, king, thrown to my chance,
Is queen of us, of ours, and our fair France.
Not all the dukes of wat’rish Burgundy
Can buy this unprized precious maid of me.
Bid them farewell, Cordelia, though unkind;
Thou losest here, a better where to find. »

Cordélia, toi la plus belle, tu es plus riche dans ta
pauvreté,
Tu es un choix plus précieux dans l’abandon, plus
aimable dédaignée.
Toi, et tes qualités, je les prends tout de suite.
Je prends le droit de saisir ce qu’on rejette.
Dieux ! Dieux ! Il est étrange que le mépris le plus froid
Echauffe mon amour, le changeant en respect enflammé.
Roi Lear, ta fille sans dot, que tu nous jettes,
J’en fais ma reine, la reine de mes sujets, la reine de notre
France belle ;
Et tous les ducs de l’humide Bourgogne
Ne pourrait m’arracher ma jeune femme inappréciée.
Cordélia, dis-leur adieu, bien qu’ils soient mauvais ;
Tu pers ici pour trouver mieux ailleurs. (v.248-259)

 

« KENT

                               O, then it moved her.

GENTLEMAN

Not to a rage; patience and sorrow strove
Who should express her goodliest. You have seen
Sunshine and rain at once; her smiles and tears
Were like, a better way: those happy smilets
That play’d on her ripe lip, seemed not to know
What guests were in her eyes, which parted thence,
As pearls from diamonds dropped. In brief,
Sorrow would be a rarity most beloved
If all could so become it. »

Kent
Oh! Alors elle a été émue!

Le gentilhomme
Mais pas à la fureur ; la patience et la souffrance
Rivalisaient pour révéler ses grâces. Vous avez vu
Soleil et pluie ensemble ; ses sourires et ses larmes
Etaient cela, en mieux ; ces heureux sourires
Qui jouaient sur ses lèvres mûres ne semblaient pas
connaître
Les hôtes de ses yeux, lesquels en faisaient départ
Comme des perles tombées de diamants. En bref,
La tristesse serait une rareté très aimée
Si elle seyait ainsi à tous. (IV, 3, 15-24).

 

« ALBANY

Wisdom and goodness to the vile seem vile;
Filths savour but themselves. « 

Sagesse et bonté aux être vils semblent vils;
L’ordure ne goûte qu’elle-même. (IV, 2, 38-39)

 

Ruse

« CORDELIA

Time shall unfold what plighted cunning hides,
Who cover faults at last shame them derides.
Well may you prosper! »

Le temps révélera ce que la ruse cache en ses plis;
Elle cèle ses crimes, à la fin des hontes les révèlent. (I, 1, 277-278)

 

EDMOND

A credulous father! and a brother noble
Whose nature is so far from doing harms
That he suspects none; on whose foolish honesty
My practices ride easy! I see the business.
Let, me, if not by birth, have lands by wit;
All with me’s meet that I can fashion fit.

Ô ce père crédule et ce frère généreux
Dont le naturel est si loin de faire du mal
Qu’ils n’en soupçonnent aucun ; sur leur naïve honnêteté
Mes intrigues auront beau jeu. Je vois le coup à faire.
Par ruse, sinon par naissance, j’aurai ma terre ;
Tout moyen me convient s’il fait mon affaire. (I,2, 168-173)

 

Insultes fameuses

« KENT

A knave, a rascal, an eater of broken meats; a base,
proud, shallow, beggarly, three-suited, hundred-pound,
filthy worsted-stocking knave; a lily-livered, action-
taking, a whoreson, glass-gazing, super-serviceable finical
rogue; one-trunk-inheriting slave; one that wouldst be a
bawd in way of good service, and art nothing but the
composition of a knave, beggar, coward, pandar, and the
son and heir of a mongrel bitch: one whom I will beat
into clamorous whining if thou deni’st the least syllable
of thy addition. »

Un salaud, une canaille, un bâfreur de morceaux tombés
des tables ! un vil, vaniteux, crétinesque, clochardesque,
servile pour trois hardes, larbinesque à cent sous, mer-
deux, laineux aux pattes, salaud ! une lavette, un salaud
à faire partout des histoires ! un fils de putain, un lor-
gnonnard, un hyper-lèche cul, un effronté fienteux ; un
gueux dont tout l’héritage tient dans une boîte ; un indi-
vidu qui comme loyal service ne voudrait que le maque-
reautage ; oui, toi tu n’es rien qu’un concentré de salaud,
de gueux, de lâche, de satyre, que le fil et l’héritier d’une
chienne bâtarde ! Un individu que j’aimerais étriller jus-
qu’à ce qu’il hurle, s’il osait nier même la plus petite
syllabe de tout cet assemblage de titres ! (II,2, 12-22)

 

« ALBANY

                                             O Goneril!,
You are not worth the dust which the rude wind
Blows in your face! I fear your disposition. »

                                                               Ô Goneril!
Tu ne vaux pas la poussière dont le vent violent
Te soufflette la face. Ton caractère m’épouvante »
(IV, 2, 29-31)

 

Apocalypse

« LEAR

Blow, winds, and crack your cheeks! rage! blow!
You cataracts and hurricanoes, spout
Till you have drenched our steeples, drowned the cocks!
You sulph’rous and thought-executing fires,
Vaunt-couriers to oak-cleaving thunderbolts,
Singe my white head! And thou, all-shaking thunder,
Strike flat the thick rotundity o’th’world,
Crack Nature’s moulds, all germens spill at once
That make ingrateful man! »

Soufflez, vents, et crevez vos joues! faites rage ! soufflez !
Vous, cataractes et cyclones, jaillissez
Jusqu’à tremper nos clochers, y noyer les coqs !
Vous, feux sulfureux, aux traits vifs comme la pensée,
Avant-courriers des foudres fendeuses de chênes,
Venez roussir ma blanche tête ! Et toi, tonnerre omni-
secourir,
Frappe et rends plate l’épaisse rotondité de l’univers !
Craque les moules de la nature, détruis d’un coup tous
les germes
Qui produisent l’homme ingrat. (III, 2, 1-9)

 

« LEAR

Howl, howl, howl ! O, you are men of stones!
Had I your tongues and eyes, I’ld use them so
That heaven’s vault should crack. She’s gone for ever.
I know when one is dead, and when one lives;
She’s dead as earth. Lend me a looking-glass;
If that her breath will mist or stain the stone,
Why, then she lives.

KENT

                                Is this the promised end? »

 

Hurlez, hurlez, hurlez! Vous êtes des hommes de pierre;
Si j’avais vos yeux et langues, je les emploierai si bien
Que la voûte du ciel craquerait. Elle est partie pour
toujours ;
Je sais quand quelqu’un est mort et quand quelqu’un
est vivant ;
Elle est aussi morte que la terre. Prêtez-moi un miroir ;
Si son souffle trouble en embue le verre,
Eh bien, alors elle vit.

Kent
Est-ce là la fin du monde prédite ?

(V, 3, 257-263)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.