Roman policier

SLOCOMBE ROMAIN – l’étoile jaune de l’inspecteur Sadorski

Juin 1942, le port de l’étoile jaune est obligatoire. Quelques improbables consciences protestent contre cette mesure discriminante, mais la majorité de la population trouve cela normal.
L’inspecteur Sadorski applique consciencieusement les consignes. Toutefois, pris entre ses pulsions libidineuses et son sens du devoir, il s’efforce de protéger Julie, une jeune lycéenne juive. Il a fait interner sa mère afin de pouvoir l’avoir tout à lui.
Parallèlement, il participe à l’enquête sur un attentat devant le Palais de Justice et le cadavre d’une inconnue exécutée d’une balle dans la tête.
LE ROMAN
Loin du mythe de la France résistante, l’auteur a écrit son roman du point de vue d’un policier, en accord avec les mesures prises par Vichy et l’idéologie du Maréchal Pétain : un salaud, pour moi ordinaire : « Mais, dans l’ensemble, le calme règne à Paris où le public s’est montré plutôt indifférent aux nouvelles mesures » concernant le port de l’étoile jaune obligatoire par les Juifs. Certains lecteurs peuvent trouver en lui « la pire ordure de la littérature ». Or,  il est le reflet de l’antisémitisme qui imprègne une grande partie de la population française : « Les Juifs, la plupart n’en ont jamais vu. Tout ce qu’ils savent, c’est que la mission qui occupera les deux jours à venir est de purger Paris de toute la pouillerie venue des ghettos d’Europe centrale. De la racaille bolchevique, par la faute de qui le pays a été humilié, vaincu. »

Sa fonction lui octroie des pouvoirs qu’il utilise à des fins personnelles ; il fait interner la mère de la jeune adolescente juive qu’il convoite. Pour obtenir les faveurs d’une jeune mère juive sortie lors du couvre-feu pour chercher des médicaments, il menace de l’embarquer …. L’auteur évoque les remords qui l’amènent à se confesser. Seulement ses pulsions lubriques sont les plus fortes : un Dupont-Lajoie pendant l’Occupation allemande.

1942 est une année charnière : le pacte germano-soviétique a été rompu. Les Russes subissent les attaques allemandes sans parvenir à prendre le dessus. Les alliés d’hier sont les ennemis d’aujourd’hui. Au sein du milieu communiste, les prises de position révèlent des divergences et entraînent des règlements de compte. Sadorski va devoir s’y intéresser pour résoudre le meurtre de l’inconnue de la forêt.  C’est également l’année de la rafle du Vel d’Hiv, événement autour duquel s’articule le roman.

Sadorski admire la discipline instaurée par les Nazis. « Guidé par ses collègues gestapistes il a admiré les grands ministères sur la Wilhelmstrasse, les autoroutes, les banlieues modernes, les usines Siemens. Ce Reich-là est installé pour longtemps ! l’Europe a pris sous sa direction des formes nouvelles, bâties sur des fondations d’acier et encadrées par la SS. La France est conviée à cette grande œuvre…. »

Incroyablement documenté (la bibliographie est impressionnante), ce roman policier a le mérite de nous faire voir l’occupation à travers les yeux des Français en accord avec le régime du Maréchal Pétain. Les héros se baladent en périphérie de l’histoire. L’auteur réussit un véritable tour de force en captivant le lecteur tout au long de ce pavé, avec un personnage central aussi peu reluisant. Une plongée dans la France de l’Occupation vraiment passionnante.
L’AUTEUR
Romain Slocombe, né le 25 mars 1953 à Paris, est un écrivain, réalisateur, traducteur, illustrateur, auteur de bandes dessinées et photographe français. Ses œuvres abordent principalement le Japon et la période de la Seconde Guerre mondiale.

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