Théâtre

Sophocle _ Oedipe-roi

Adaptation cinématographique de l’Oedipe-roi de Sophocle par Pasolini

Le mythe d’Œdipe est l’un des mythes antiques ayant fourni aux plus grands auteurs de l’Histoire occidentale la matière d’une création artistique. Le premier l’ayant mis en scène fut Eschyle, vers 467 avant Jésus-Christ. Puis ce fut le tour de Sophocle vers 420 avant Jésus-Christ de composer son Œdipe-roi. Dans cette tragédie, le crime a déjà eu lieu : Œdipe a déjà réalisé la prophétie.

Le sujet de la pièce est donc la résolution du crime par le coupable lui-même. C’est lui qui mène l’enquête, lui qui fait avancer l’histoire. Rappelons qu’Œdipe peut avoir deux significations en grec :

_ Οἰδί-πους signifie « pied enflé »

_ Οίδα: savoir

Francis Goyet indique : « Au chœur la passivité des suppliants, au roi l’action qui fait sortir de l’indécision. »

A la fin de la pièce, Jocaste se pend et Œdipe se crève les yeux, mais il faut savoir que ceci est une invention de Sophocle ; dans le mythe Œdipe ne se crève pas les yeux.

Les citations de cet article sont tirées de l’édition suivante :

SOPHOCLE, Œdipe-roi, Trad. Victor-Henri Debidour, Paris, 2002, Le livre de Poche.

 

Prologue

Dans le prologue, Œdipe fait son apparition et demande aux habitants de Thèbes de lui raconter les malheurs qui les affligent.

« Mes enfants, jeune lignée de l’antique Cadmos, d’où vient que je vous vois ainsi m’assiéger, figés devant moi, avec des rameaux suppliants pour couronner votre geste, tandis que la ville est pleine de fumée, d’encens, pleine de litanies et de lamentation ? » (ŒDIPE, v. 1 à 5)

Le prêtre prend la parole et met l’accent sur le pathos.

« C’est que la cité, tu le vois toi-même, plie sous la rafale d’un ouragan, sans pouvoir lever la tête hors des abîmes de ce roulis sanglant. La mort est sur elle, enfermée dans le germe des récoltes de son sol. La mort est sur le bétail qui broute ses pâturages, sur ses femmes qui ne mettent au monde que des enfants mort-nés. Diabolique, incendiaire, foudroyante, fonce des cieux sur la ville une peste atroce qui fait de Thèbes un désert. Et le Prince noir, le Seigneur d’Enfer, s’engraisse de gémissements et de sanglots… » (LE PRETRE, v. 22 à 31)

Créon surgit et transmet la parole de l’Oracle :  il faut punir l’assassin de Laïos.

« Apollon Souverain nous enjoint expressément, ce pays entretenant sur son sol une souillure criminelle, d’éliminer celle-ci sans la laisser s’invétérer jusqu’à devenir incurable. » (CREON, v.96 à 99)

« C’est de sa [celle de Laïos] mort qu’il s’agit, l’ordre est précis : que l’on punisse ses assassins ; que quelqu’un s’en charge. » (CREON, v. 107-108)

Œdipe promet de mener à bien l’enquête et mettre fin aux maux accablant la cité :

« Dites-vous bien que j’irai jusqu’au bout. Oui, nous réussirons, le dieu aidant, à la face du monde – ou bien nous périrons. » (ŒDIPE, v. 144-145)

 

Parodos : Entrée du choeur

Le chœur fait son apparition : 3 strophes et 3 antistrophes contant les malheurs du peuple de Thèbes.

 

Premier épisode

« J’appelle de mes vœux contre le coupable inconnu, qu’il soit seul ou qu’il ait des complices, une vie déshéritée, qu’il usera misérablement, le misérable, jusqu’à son dernier fil ! » (ŒDIPE, v. 246 à 249)

« Pour qui est homme, il n’est pas de plus belle tâche à assumer, dans la mesure de ses ressources et de ses moyens, que celle-ci : servir ! » (ŒDIPE, v. 313 à 315)

 

Dans cet épisode, Œdipe a fait mander le devin Tirésias sous les conseils du Coryphée. Tirésias refuse (à de multiples reprises) de répondre à Œdipe.

« Je vois trop ce que tes paroles te préparent à toi-même de sinistre… Je ne veux pas t’accompagner dans cette voie… » (TIRESIAS, v. 324 à 326).

« Pourquoi cet interrogatoire ? Peine perdue : tu n’apprendras rien de moi. » (TIRESIAS, v.333-334)

OEDIPE s’énerve et menace le devin : ce dernier lui apprend donc la vérité. Et, vexé dans son amour propre par un Œdipe arrogant, il réplique violemment.

« Eh bien, je parle : à ton insu, tu es engagé avec ce que tu as de plus cher dans les liens les plus infâmes, sans voir dans quelle horreur tu baignes. » (TIRESIAS, v.366 à 368)

« Tu es le roi, c’est entendu. Mais il y a au moins une égalité que je revendique : celle de répliquer en égal. Moi aussi en cela j’ai des droits souverains. Ma vie n’est pas à tes pieds, mais à ceux de Loxias : je n’aurai pas à recourir au patronage de Créon. Je te le dis-puisque tu es allé jusqu’à me faire une insulte d’être aveugle- toi, tes yeux sont ouverts, et tu ne vois pas dans quelle horreur du baignes, sous quel toit tu demeures et avec qui. Sais-tu de qui tu es le fils ? Tu ne te doutes pas que tu es abominable aux tiens, en ce monde comme dans l’autre. Doublement assenée sur toi par ta mère et ton père, te chassera de ce sol, affreuse, talonnante, la Malédiction…Tu vois clair à présent mais alors tu ne verras plus que ténèbres ! En quel lieu ton cri n’ira-t-il pas jeter l’ancre, et de quelle falaise ta voix bientôt n’éveillera-t-elle pas les échos, lorsque tu auras reconnu en quelles épousailles…. Sur quels brisants tu es venu te jeter pour bâtir ton foyer, après ton heureuse croisière ! Les maux qui t’attendent encore en foule, tu ne les connais pas : ils te rendront ton vrai rang, et même rang qu’à tes enfants. Après cela, tu peux cracher sur Créon, et moi qui te parle : jamais homme ici-bas n’aura été plus atrocement broyé que tu ne vas l’être. » (TIRESIAS, v. 407-428)

 

Premier stasimon

Le chœur remet en cause les révélations de Tirésias.

« Eh bien non, quant à moi, avant preuve directe
Jamais je ne saurais admettre
qu’on incrimine Œdipe ! Un seul fait est certain !
c’est l’assaut que lui a livré,
jadis, le monstre ailé à visage de fille ;
il attesta sa clairvoyance
et son dévouement pour l’Etat.
Jamais mon cœur ne le tiendra pour criminel. » (LE CHŒUR, Antistrophe II, v. 504 à 511)

 

Deuxième épisode

L’épisode s’ouvre sur Créon accablé par les accusations d’Œdipe : ce dernier accuserait Créon d’avoir « chapitré le devin pour lui faire débiter des mensonges ». Œdipe rentre en scène : les deux personnages se querellent. Œdipe menace Créon de le chasser ou bien de le mettre à mort. Jocaste parait : elle cherche à comprendre ce qu’il se passe entre les deux hommes. Finalement, Œdipe lui explique : Créon l’accuse d’être le meurtrier de Laïos.

« Sire, garde-toi d’un faux pas : jugements prompts souvent trébuchent. » (CORYPHEE, v. 616-617)

Jocaste lui parle alors de la prophétie comme pour le rassurer (car le bébé est censé être mort !). L’effet produit est inverse : Œdipe en est épouvanté car il s’agit de la même prophétie que celle qui lui a été annoncée.

« Qu’as-tu dit ? Quel désarroi, femme, tu viens de jeter dans mon âme, quel bouleversement dans mon esprit ! » (ŒDIPE, v. 726-727).

Aux portes de la révélation, il fait chercher le seul rescapé de l’escorte de Laïos, fait berger, pour être certain de l’identité du meurtrier…

« Oui, c’est tout ce qui me reste d’espoir : attendre cet homme, ce berger – rien de plus. (v. 836-837)

« Ce sont des brigands, à ce que tu déclarais, qui, selon lui, ont assassiné Laïos. Eh bien, s’il maintient ce pluriel, ce n’est pas moi l’assassin : un et plusieurs, cela ne saurait revenir au même. Mais s’il ne parle que d’un seul homme, d’un voyageur solitaire, la chose est claire, dès lors, et c’est sur moi que cela retombe. » (ŒDIPE, v. 842 à 847)

 

Deuxième stasimon

Le chœur s’en remet aux dieux, et prie pour les hommes « nobles et courageux ».

Troisième épisode

Jocaste cherche à apaiser la colère d’Apollon en lui faisant des offrandes. Un messager entre et annonce la mort de Polybe. Entre Œdipe. Le messager lui apprend également que Polybe était son père adoptif, que lui-même a été trouvé par un berger. Dès ce moment, il est certain que Jocaste a compris qui était Œdipe.

Œdipe fait toutefois chercher le berger.

« Malheureux ! Puisses-tu jamais apprendre qui tu es ! » (JOCASTE, v.1068)

Le berger lui apprend son origine : il est le fils de Jocaste.

« Ah ! tout serait accompli, point par point. Ô lumière, pour la dernière fois puissé-je aujourd’hui élever vers toi mes regards, moi dont il s’est révélé que je suis né de ceux dont c’était un crime de naître, que je vis avec celle que c’est un crime d’approcher, que j’ai tué celui que c’était un crime de tuer ! » (ŒDIPE, v. 1182 à 1185)

Troisième stasimon

« Œdipe, ô illustre figure,
le même havre qu’à ton père
t’a donc suffi et s’en ouvert tout grand
à toi la fils, pour y blottir tes soins d’époux ? » (LE CHŒUR, Strophe II, v. 1207 à 1211)

« Je ne fais que gémir : c’est un cri éperdu
qui jaillit de ma bouche… En vérité,
c’est toi, jadis, qui m’as rendu le souffle,
c’est à présent toi qui ensevelis
mes regards dans la nuit. » (LE CHŒUR, Antistrophe II, v. 1219 à 1222)

Exodos

Le chœur sort.

Un valet paraît. Il s’adresse au peuple de Thèbes.

« Vous êtes là, vous, qui représentez le plus pur honneur de la patrie ! Ah ! Qu’ont-ils fait ? Vous allez l’entendre… Qu’ont-ils fait ! Vous allez le voir… » (UN VALET, v.1222 à 1224)

On apprend de la bouche du coryphée que Jocaste s’est donnée la mort et qu’Œdipe arrachant les épingles d’or de la malheureuse s’est crevé les yeux. Parait hors de la maison un Œdipe sanglant, dépossédé de tout. Après un au revoir à ses filles Antigone et Ismène, Créon se charge de le faire rentrer dans le palais pour ne pas accabler le peuple de cette vue d’horreur. Le Coryphée clôt la pièce.

« Malheurs solidaires : le mari et la femme ont confondu leur désespoir. Hier encore, l’antique héritage de félicité était pour eux légitime félicité. Mais voici aujourd’hui sanglots et catastrophe, et mort, et ignominie…de tous les noms que porte le malheur, aucun qui n’ait ici sa place ! » (LE VALET, v. 1281 à 1285)

« Dans une atrocité dont on ne peut soutenir ni le nom ni le spectacle. » (CORYPHEE, v.1312-1313)

« Allons, n’ayez pas de répugnance à poser votre main sur un misérable, ne refusez pas, rassurez-vous : des malheurs comme les miens, nul autre que moi ici-bas n’est de taille à s’en voir chargé. » (ŒDIPE, v. 1413 à 1415)

La leçon (très classique) qu’en tire le Coryphée est la suivante : on ne peut juger du bonheur d’un homme avant de connaître sa fin.

« Ô habitants de Thèbes, ma patrie,
regardez tous : c’est Œdipe ; il était
dans le secret de l’énigme fameuse ;
tous les pouvoirs lui étaient départis.
Qui ne levait dans cette ville des yeux d’envie sur son destin ?
Voyez quel tourbillon d’horrible catastrophe
l’a englouti ! Il faut donc ici-bas
attendre, pour juger, la suprême journée, et se garder de croire au bonheur de nul homme avant qu’il n’ai franchi le terme de sa vie
sans que l’affliction l’ait saisi sous sa griffe. » (v. 1523 à 1530)

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