Essai

SULTAN PIERRE- les contes de Perrault sur le divan

Dès la fin du 19 e siècle, les contes de fées ont fait l’objet d’études. En effet, ils intriguent. Ce sont des histoires que l’on raconte aux enfants, des histoires où il se passe des choses horribles : des parents qui perdent leur progéniture dans la forêt volontairement, des maris meurtriers…. Mais ces histoires sont racontées sur un ton badin.

Je n’adhère pas toujours aux conte de fées revus par les psychanalystes : je trouve les explications souvent tirées par les cheveux ou trop compliquées. C’est certainement mon manque de connaissances dans ce domaine qui en est la cause.

Dans cet essai, les explications sont claires et je pense pertinentes sauf l’analyse du conte du petit chaperon rouge qui me laisse perplexe : « l’histoire du Petit Chaperon rouge et les versions orales dont elle est issue mettent en scène cette trop grande proximité des corps où le mélange entraîne l’abrasion du singulier et la confusion identitaire. » Par ailleurs, la version originale est beaucoup plus violente. Le Petit Chaperon rouge des versions orales dévorait la chair de sa mère-grand et s’abreuvait de son sang.
Perrault a adapté des contes de tradition orale au public de la cour. Il ajoute des glaces et des parquets au logis de Cendrillon, restitue l’action du Petit Poucet à l’époque de la grande famine de 1693. Il enlève les éléments du conte pouvant choquer. Il les agrémente d’humour : « Le prince et sa belle « ne dormirent pas beaucoup » après leurs retrouvailles. » pour rappeler l’origine orale du conte, il introduit des tournures de phrase vieillies ou archaïques, « tirer la bobinette et la chevillette cherra ».
C’est un contemporain de Jean de la Fontaine. Les contes clos par une morale sont à la mode. Avec la particularité que Perrault défend la supériorité des auteurs modernes sur les anciens. Aussi, ses histoires sont inspirées par la culture orale.
Pierre Sultan a inclus cette composante dans ses analyses. Aussi, j’ai particulièrement apprécié son analyse de « la belle au bois dormant ». Il fait le parallèle avec l’histoire de Catherine de Médicis. « La mise en perspective de ces monarques de conte avec l’histoire de France du XVIe siècle nous permettra d’éclairer différemment certains mécanismes restés obscurs jusqu’ici. »
Les autres études tiennent également compte de l’histoire de France et du milieu dans lequel évolue l’auteur, comme le conte du chat botté où il égratigne la cour (en 1683, suite à la mort de Colbert son protecteur, il est jeté de toutes ses fonctions et même de l’académie).
Il a étudié les 7 contes les plus célèbres de Charles Perrault, lui rendant ainsi hommage alors que Bruno Bettelheim s’en était complètement désintéressé. Ses analyses apportent une lumière nouvelle à ces contes que l’on connaît par cœur et qui continuent à nous parler. Passionnant, distrayant !
Citations
« D’un conte à l’autre, nous avons pu mesurer l’étendue de la perversion, qu’elle revête les traits de l’inceste, de l’anthropophagie, du sadisme ou même du masochisme. »
« Car, dans la majorité des histoires écrites par Perrault, le danger est domestique. Il naît le plus souvent au sein même des familles et l’enfant-héros est d’autant plus désemparé qu’il doit se défendre des assauts mortifères de l’un de ses proches (généralement père ou mère). »
Pierre SULTAN est psychologue clinicien et psychanalyste.
Il reçoit des nourrissons, des enfants et des adultes.

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