Littérature du XXIème siècle

TESSON SYLVAIN – Les chemins noirs

le résumé :

C’est un ouvrage dans lequel il raconte son parcours sur les sentiers oubliés, après une grave chute qui aurait pu le laisser paralysé. Il s’estime chanceux de pouvoir marcher encore après cet accident et veut payer une dette qu’il a contacté envers lui-même. Il part donc à travers la France, du Mercantour à la pointe du Cotentin, sur des pistes rurales, pour fermer la parenthèse de cette mauvaise passe.
Ainsi, il l’énonce dans une interview de Bernard Lehut, RTL, le 4 octobre 2016 :
« Ils me permettaient de marcher dans le silence et de trouver le chemin noir en moi, qui est le chemin du repli intérieur. »
« J’émets une sorte d’analogie entre ces chemins noirs de la carte et du territoire, et ces chemins noirs qu’on a en nous. »

les meilleurs extraits 

Le 24 aout 2015, il commence son périple dans le Mercantour.
« A deux mille mètres d’altitude, j’avisai un replat d’herbes épaisse près d’un bunker de béton. J’allumai un feu. Le bois était humide et je soufflais tellement sur les braises que ma tête enfoncée tournait. … La toile du bivouac me protégea à peine des nuages humides crachés par l’obscurité. J’étais intimidé, c’était la première nuit que je passais à l’air libre après ma chute. »
Son sommeil est dérangé par une machine qui fait du bruit pour éloigner les loups. Il commente la phrase de la Genèse : Et dieu leur dit : Croissez, et multipliez, et remplissez la terre.
« Les choses avaient mal tourné. Les hommes s’étaient multipliés, ils avaient investi le monde, cimenté la terre occupé les vallées, peuplé les plateaux, tué les dieux, massacré les bêtes sauvages. Ils avaient lâché sur le territoire leurs enfants par générations entières et leurs troupeaux d’herbivores génétiquement trafiqués… le progrès ? quelle farce. » 

un peu misanthrope quand même !

A la rechercher de d’isolement, de territoires non pervertis par la vie 2.0, l’auteur défend l’hyper-ruralité dénigrée par ses contemporains.
« Me débattre dans les broussailles de la vallée du Var me lacérait certes les jambes mais m’offrait de sortir du faisceau photoélectrique qui scrutait les existences. »

Séquence nostalgie :
« Passages secrets, les chemins noirs dessinaient le souvenir de la France piétonne, le réseau d’un pays anciennement paysan. Ils n’appartenaient pas à cette géographie des sentiers de randonnées, voies balisées plantées de panonceaux où couraient le sportif et l’élu local.
L’auteur reconnaît qu’il s’agit d’une fuite :
« Fuir c’est commander ! c’est au moins commander au destin de n’avoir aucune prise sur vous. »
Il trouve un peu de confort quand il s’arrête au monastère de Ganagobie :
« Les moines m’avaient gratifié d’une cellule plus confortable qu’un tapis d’humus. »

Il regrette notre époque où tout va vite.
« Les historiens avaient inventé des expressions pour classer les époques de l’humanité ; l’âge de la pierre, l’âge du fer, l’âge du bronze s’étaient succédés, puis les âges antiques, féodaux. Ces temps-là étaient des temps immobiles. Notre époque consacrait soudain un âge du flux. : les avions, les cargos…. »

Arrivé à la fin de son périple, Sylvain Tesson conclut :

« le bivouac est un luxe qui rend difficilement supportables, plus tard, les nuits dans les palaces. »
Ce journal est un hymne à la liberté. Le texte est magnifique.

 

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