Essai

Un petit fonctionnaire – Augustin D’Humières

Augustin d’Humières est enseignant de lettres classiques dans un lycée de Seine-et-Marne depuis 1995. Il lutte pour l’égalité des chances à l’école. Il a donc créé en 2003 avec ses anciens élèves une association, Mêtis, qui oeuvre notamment pour la promotion du grec et du latin comme vecteur d’égalité des chances. Et a par ailleurs réalisé, avec Cyrille Hubert, un documentaire, Hors-classe, pour la défense du grec et du latin.

Il est l’auteur de deux ouvrages : le premier en collaboration avec Marion Van Renterghem, Homère et Shakespeare en banlieue, publié en 2009 aux éditions Grasset ; le second, Un petit fonctionnaire, un essai publié en 2017 aux éditions Grasset également. Si le premier fait briller une lueur d’espoir dans l’œil du lecteur attentif, le second est sombre et il est préférable d’avoir le cœur bien accroché. 

La structure du roman est simple : un avant goût apocalyptique du système scolaire dans le futur, puis le pourquoi du comment en est-on arrivé là.

En 2048, un ancien professeur reçoit la visite d’Edward Paxton qui vient d’achever une thèse à l’Université de Princeton sur l’effondrement du système scolaire français. L’ancien professeur, fonctionnaire zélé, comme ses condisciples, n’a jamais rien fait pour lutter contre l’anéantissement de l’égalité des chances mené par les éminences grises de l’éducation nationale.

« Le problème d’un conseil de classe pouvait se résumer à celle d’un vaudeville : l’élève ou comment s’en débarrasser ».

Il doit donc rendre des comptes. Mais comment en est-on arrivé là? Augustin d’Humières tire la sonnette d’alarme sur tout ce qui a été fait depuis le début du XXIème siècle pour rogner sur l’éducation des plus pauvres jusqu’à la réduire à néant. Aujourd’hui déjà, en 2017, un enfant évoluant dans une banlieue mise à l’écart et ne pouvant compter que sur l’école pour se construire un bagage culturel voit déjà ses chances de s’en sortir proches de 0.

« L’éducation nationale, c’est un peu le monde de Sergio Leone : « il y a ceux qui creusent ». Il y a ceux qui prennent la route de Madrid à Séville, glosent sur les auteurs, écrivent, puis se retrouvent inspecteur, et puis il y a les soutiers, ceux qui sont dans leur lycée, depuis 20 ans, ceux pour qui l’Alhambra est une brasserie en face de leur gare perdue. Pour ceux-là, le chemin d’Addis-Abeba ou de Tolède est plus difficile à trouver. »

La seule solution à cette dépravation scolaire : l’éveil des consciences, et surtout celles des professeurs qui ne font souvent que ce que leurs supérieurs leur dictent.

« Tant qu’il a eu des inspecteurs, des proviseurs, des professeurs qui avaient une formation générale suffisamment solide, et assez de foi en leur métier pour prendre leurs distances avec les programmes et le cadre qu’on prétendait leur imposer, l’Ecole publique a survécu tant bien que mal. Mais quand le système a été porté par des fonctionnaires recrutés ou promus pour leur servilité et leur ignorance, il n’a fallu que quelques années pour qu’il s’effondre ».

 

Ainsi Augustin d’Humières dresse un tableau sombre mais il s’agit d’une lecture importante et nécessaire. La réalité est présentée toute crue, les preuves données apparaissent plus qu’incontestables.

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