Essai

VIAL CHARLES-ELOI – La famille royale au temple


« Cette tour, basse, forte, sombre, lugubre, était l’ancien Trésor de l’ordre des Templiers. C’était, depuis longtemps, un lieu délabré, à peu près abandonné. Lieu marqué d’une bizarre fatalité historique. La royauté y brisa le moyen âge, par la main de Philippe le Bel. Et elle-même y revint brisée avec Louis XVI. » J. Michelet, Histoire de la Révolution.

Le 10 août 1792, l’émeute parisienne renverse le trône fragile de Louis XVI. Trois jours plus tard, la famille royale est enfermée au Temple.

L’historien, Charles-Eloi Vial, fait de l’enclos du Temple, le témoin privilégié d’une époque chaotique.

Il a consulté pour cet ouvrage de nombreuses archives inexploitées. Ainsi qu’il le note : « Pas d’enquête sans indices, même si ceux-ci sont durs à retrouver. Le chaos d’une époque se jauge souvent au degré de dispersion de ses archives. Pour la période de la Révolution, leur éparpillement montre la déliquescence de l’Etat. »

Avant de décrire le quotidien des protagonistes de cette captivité, l’auteur nous propose une analyse claire de la Révolution française.

« Comment un couple royal au sommet de sa puissance, régnant depuis le plus beau palais du monde sur une monarchie qui était apparemment la plus prospère d’Europe, a-t-il pu se retrouver, en trois ans à peine, déchu et emprisonné ? La pesanteur d’un Etat royal impossible à réformer, le poids de la dette et la pression de l’opinion publique n’expliquent pas tout. Il faut sonder les replis des esprits pour expliquer le naufrage de l’antique royauté, à l’époque où l’impopularité de la reine et les rumeurs sur l’imbécillité de Louis XVI se doublaient d’un refus de plus en plus unanime de la société fondée sur l’inégalité entre trois ordres. »

Les révolutionnaires ont brisé l’ancien système sans pouvoir proposé une solution de remplacement pérenne :

« Du serment du jeu de paume du 20 juin à la nuit du 4 août 1789, les 1145 députés des états généraux, désormais réunis en une Assemblée nationale constituante, brisèrent le moule tout en posant les jalons d’une nouvelle ère qu’ils furent incapables d’ordonner. D’emblée, les événements marchèrent plus vite que les hommes. »

« Depuis l’été 1791, le roi avait déjà dû abandonner des pans entiers de son autorité, jusqu’à accepter la Constitution de 1791 dans laquelle il se retrouva privé de l’essentiel de ses pouvoirs à l’exception d’un symbolique véto. Engoncé dans son impopularité, maintenu par défaut en place par une majorité de députés qui considéraient encore la Révolution comme un saut dans l’inconnu, Louis XVI était cantonné à un simple rôle d’incarnation de la Nation. »

Il explique l’extrême violence de la Terreur : 

« Le trône abattu, des factions se mirent à s’entre-déchirer sur un fond de guerre sans pitié, comme si la boîte de Pandore avait été d’un coup grande ouverte. Sans le garde-fou d’un chef de l’Etat, même symbolique, la politique est devenue le jeu du chacun pour soi, d’un individualisme forcené… »

L’enclos du Temple :

Pour écrire cette période de l’histoire du Temple, l’auteur a fait face un écueil : « les principaux acteurs du drame n’ont pas survécu plus de quelques mois à Louis XVI, à Marie-Antoinette ou à Madame Elizabeth. »

Cet ouvrage nous permet d’aborder le fonctionnement du Temple, aux différentes périodes de la Révolution.

Avant l’exécution du roi : « la vie au Temple conserva paradoxalement un faux air de cour, qui perdura jusqu’au procès du roi. Comme à Versailles ou aux Tuileries, la famille royale prenait ses repas en public, cette fois-ci sous le regard des commissaires de la Commune. L’argenterie portait encore les armes de Frances : elle avait été apportée du Garde-Meuble. »

Il reflète la société : « Ouverte depuis moins de deux ans, la prison du Temple était déjà une institution sclérosée, dévorée par la petitesse et l’égoïsme de ceux qui en profitaient pour s’enrichir sur le dos de la République et sur celui des détenus. »

Composé de nombreux détails sur  la vie quotidienne de cette ville dans la ville, sur l’organisation démente pour y envoyer des gardes et leurs relations avec les membres de la famille royale, ce livre dépeint la Révolution sous un angle nouveau vraiment passionnant et accessible pour les non spécialistes comme moi de cette période de l’histoire de France.

L’AUTEUR

Archiviste paléographe, docteur en histoire de l’université Paris-Sorbonne, Charles-Éloi Vial est conservateur à la Bibliothèque nationale de France, au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Il est notamment l’auteur, chez Perrin, d’un très remarqué Les Derniers Feux de la monarchie.

Vous pouvez trouver une interview passionnante de VIAL CHARLES-ELOI à l’adresse ci-dessous :

http://parolesdactu.canalblog.com/archives/2018/07/19/36549585.html ffff

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