Littérature du XXIème siècle

VUILLARD Eric – 14 juillet

Paris, 28 avril 1789, des ouvriers et des désoeuvrés investissent la fabrique de papiers peints Réveillon et la mettent au pillage. La troupe intervient et réprime la manifestation dans le sang. Une semaine plus tard, les états généraux se réunissent à Versailles. La Révolution française commence.

Le roman d’Eric Vuillard commence le 23 avril 1789 : Jean Baptiste Réveillon, propriétaire de la manufacture royale de papiers peints, réclame une baisse des salaires.

Il affirme que « certains ont déjà la montre dans le gousset et seront bientôt plus riches que lui. »

« C’était peu de temps avant l’ouverture des états généraux, plusieurs fois différés. On manifesta. Un jour, deux jours en vain. Réveillon et Henriot devaient penser que ça leur passerait, qu’entre deux lampées de pinard, entre deux quignons de pain, ils l’avaleraient la pilule, il le fallait bien ! »

Mais la famine sévit.

« C’était un peuple de femmes, d’enfants qui se rebellait. Un peuple de chômeurs aussi. Pour six cent mille habitants, Paris comptait quatre-vingt mille âmes sans travail et sans ressources. »

« Le vingt-huit avril 1789, la révolution commença ainsi : on pilla la belle demeure, on brisa les vitres, …La cavalerie avance contre la foule ; les gens reculent, dans la bave des chevaux, face aux sabres qui brillent. Alors, les soldats arment leurs fusils et tirent. »

« Et on raconte qu’à part celle du 10 août 1792, ce fut la journée la plus meurtrière de la Révolution. »

A Versailles, on mène grand train.

« Comme si un énorme gendarme réglait la circulation de nos victuailles, le délectable et le gourmand prennent la direction de Versailles, le fade et le maigre celle des faubourgs. »

« Versailles est une couronne de lumière, un lustre, une robe, un décor. Mais derrière le décor, et même dedans, incrustée dans la chair du palais, comme l’essence même de ses plaisirs, grouille une activité interlope, clabaudante, subalterne. »

« Avec emphase, on nous enseigne le règne de chaque roi, ses épisodes… Mais on ne nous raconte jamais ces pauvres filles venues de Sologne et de Picardie, toutes ces jolies femmes mordues par la misère et parties en malle-poste, avec un simple ballot de frusques…. Nul n’a jamais écrit leur fable amère. »

« Ainsi, la sédition. Elle surgit dans le monde et le renverse, puis sa vigueur faiblit, on la croit perdue. Mais elle renaît un jour. Son histoire est irrégulière, capricante, souterraine et heurté. Car il faut bien vivre, il faut bien mener sa barque, on ne peut pas s’insurger toujours ; on a besoin d’un peu de paix pour faire des enfants, travailler, s’aimer et vivre. »

« Les grands événements se passent souvent de cette manière, le pouvoir est vacant, silencieux, prudent peut-être et les grands commis hésitent tandis que les dés roulent sur la table. »

« Il faut écrire ce qu’on ignore. Au fond, le 14 juillet, on ignore ce qui se produisit. »

Eric Vuillard nous propose ici l’épopée des prémices de la Révolution française. Le rythme de l’écriture, sa qualité nous font vibrer, et nous transportent dans le temps.

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